mardi 12 octobre 2010

Manif 22 mai, les dessous des cartes, ou ma verite a moi. (partie 1)

Avant-propos :

Ce qui suit, est un témoignage, personnel, qui n’engage que moi, qui ne représente que ma vision des choses, il est a prendre avec pincettes, vu que je ne connais pas toute la vérité, et pire encore, je sais pas la formuler, ce qui suit parle de nhar3la3ammar, avec le recul et la vision, de un parmi ceux qui ont fait la première ligne et étaient au front, je ne prétends pas que je ne vais peut être pas me tromper, mais je sais que je serais sincère, et que je dirais les choses comme je les voyais, a l’époque, et avec le recul.

Mon récit, n’est pas un règlement de compte, n’est pas et ne pourras pas être objectif, y’a eu –de ma part- beaucoup d’émotion, de peur, d’espoir, de joie, trop de sentiments dans cette « aventure » pour être neutre.

Dans ce récit, je vais citer des noms, celui qui a une objection que son nom paraisse, n’a qu’a le demander, et il sera immédiatement remplacé par un pseudo.

Ce récit, ne représente pas les avis et positions des gens cités, ni du groupe nhar3la3ammar, mais uniquement mon point de vu, ma perception des choses avec le maximum d’objectivité possible.

Toute personne, souhaitant apporter un avis, une correction, ou un témoignage est la bienvenue, une seule condition, il parle avec son nom, et si il cite quelqu’un d’autre, son message ne sera publié qu’après l’accord des personnes cités.

Contrairement aux autres articles de ce blog, il est interdit de modifier ce qui va suivre sans autorisation de l’auteur(vu qu’il comporte des noms d’autres personnes), mais l’utilisation, la publication, la citation est libre, sans obligation de nommer ni l’auteur ni la source, même pour des fins commerciales (LGPL).

Cet avant-propos s’applique a tout le témoignage même s’il est reparti sur plusieurs parties.

Qui étais-je avant le 22 mai :

J’étais ingénieur chez Telnet Tunisie, plutôt bien payé, je passais mes journées a concevoir et tester des routeurs, marié, et père d’un jeune homme, n’ayant pas de rapport direct avec la politique, ni en Tunisie, ni ailleurs, j’étais incognito, et cette « non existence publique » me donnait une énorme liberté.

Cette liberté, me permettait de respirer, surtout sur facebook, ou j’écrivais, avec mon nom et prénom, photo et ou je travaille, de dire que je suis pas content, de parler des « trabelssya », des élections, de l’injustice, du chômage, de la liberté d’expression, j’étais un opposant, mais s’opposer est un trait de caractère chez moi, mon héro n’était pas batman, mais plutôt donquichotte, donc je m’épanouissait a dire très librement et très ouvertement ce que je pense, et c’était plutôt coool, je ne suis personne, la police s’en fou, je ne suis personne tout le monde s’en fou, et ca m’arrangeais, je pouvais être vulgaire et grossier si je le veux, adhérer a des groupes, signer des pétitions avec ceux qui signent, suivre les news syndicales, partager les vidéos de zouhaier makhlouf, les videos du bassin minier, ou de propager les infos des grèves de faim des étudiants, et comme tout le monde s’en fou, j'y trouvais mon compte.

J’ai jamais été blogueur avant, le cercle du blog tunisien me paraissait opaque, comme un groupe très fermé, très select, une oligarchie, une secte avec des gurus, des gens qui se connaissent, même personnellement , qui ont leurs querelles, leurs clans, leurs ententes, avec des « cyber dissidents » (je me demande quand ils ont été élus, j’étais pas au courant), ou il faut être parrainé, et prendre l’aval pour certaines actions..

Je n’étais dans aucun parti politique, je voyais que le seul parti professionnel et qui faisait de la politique, était le RCD, et je voyais qu’il était pourri, les autres partis sont de gauche, et moi, je crois en dieu,la violence, le totalitarisme de masse, les tabous c’est pas trop ma soupe, ne restait que nahdha, et ca ne me convenait pas, vu que la foie est personnelle et la politique est publique (de mon point de vu).

Je n’aimais pas la police, , j’avais du mépris et une haine profonde pour tout ce qui est police, non, pas uniforme ou ordre mais police, j’ai eu plusieurs mésaventures avec eux, vu que j’habitais un quartier populaire, je prenais les transports en commun et je savais pas fermer ma gueule ou marcher tète basse.

Et « na9roud » alors, et les élections avec Ben Jaafer ?

J’ai connu Cheker aoudhi et Nejib Dziri, en 2000, je me préparais a passer mon bac au lycée pilote de Tunis, un ami a moi, un ami d’enfance et un voisin, a déjà réussi son bac et était a la fac des sciences de tunis, il a connu Cheker et sa troupe, et on est devenu amis.

Jusqu'à aujourd’hui je suis ami personnel avec Cheker, Najib, Wadi3 et plein d’autres, on était « awled 7ouma », on buvait ensembles, on jouait au belote ou au « noufi » ensembles, et j’ai découvert pour la première fois de ma vie « la politique ».

J’ai jamais été d’accord avec eux, d’ailleurs quand ils m’ont présenté, une soirée d’été en 2003 ou 2004 a Taher Gargoura, c’était le clash immédiat, je savais pas fermer ma gueule, ni montrer le respect qu’il fallait, j’ai même était blessant et impoli, en le traitant de « ignorant qui vient donner des leçons aux autres, qui vient leur gâcher leurs vies en injectant la haine, parce qu’il a gâché la sienne, vu qu’il n’a pas de diplôme universitaire », ca a failli tourner au drame, et je me rappelle très bien de mes mots : « je ne comprends pas pourquoi vous faites de ce monsieur votre Dieu ou votre dictateur, pour dieu, y’en a bcp mieux, pour le dictateur, on en avait déjà, et il pouvait pas faire mieux , et que son blablabla des classes et de la bourgeoisie, durant toute l’histoire, la ou il a été pris au sérieux n’a mené qu’a la misère, la frustration et aux massacres».

Cet incident passé, j’ai gardé un excellent contact, avec « la troupe », j’écoutais leur récit, j’étais pas d’accord ni sur les buts ni les moyens, eux n’ont pas cherché a me recruter, et moi je leur rendais service quand je le pouvais.

Pourquoi je parle de ca ? après le 22 mai, pour la police, pour beaucoup j’étais un « na9roud » qui travaillait pour Taher Gargoura.

Si j’étais « na9roud » j’en aurais pas honte, mais je le suis pas, donc je tenais a éclaircir ce point dans ce temoignage.

En 2009, l’ami qui m’a présenté Cheker, qui était plus impliqué que moi (moi j’étais qu’une grande gueule qui dis ce qu’elle pense, sans chercher a convaincre qui que ce soit, qui n’aimait pas le foot, et avait donc besoin de s’exprimer, sinon il suffoque) me propose de se présenter aux élections législatives.

On se voit, un petit café, et il me nomme 4 personnes qui sont intéressés, je les connais, « awled 7ouma », il me précise qu’on va porter le nom du forum démocratique pour les libertés et le travail même si on est une liste indépendante, et qu’on le fait plus pour le fun et la curiosité, pas d’ambitions réelles, j’accepte, on se présente, notre liste est rejettée (mais ca c’est une autre histoire), et vu comment on nous a accueilli, traité, et puis rejeté la liste, j’étais déçu, blessé, humilié, et j’en voulais a la Tunisie, en plus, tout de suite après, on m’a censure mon profil Facebook.

Donc voila, AYARI Yassine et la politique / vie publique avant le 22 mai.

La manifestation , ca a commencé comment ?

Non, la manifestation n’était pas mon idée, non c’était pas mon action, je ne suis apparu qu’a la fin, un pure jeu de hasard. Je pense que tout le monde se rappelle de l’énorme vague de censure qui s’est abattue sur le web tunisien en avril/mai 2010, ben au départ je n’étais qu’un furieux parmi d’autres, je le mettais clairement sur mon profil facebook, je partageais sans gène, les videos qui ridiculisaient le censeur, jusqu'à ce que la pétition des 10000 tunisiens contre la censure apparaisse, menée si ma mémoire est bonne, par la cyber dissident, mystérieuse et énigmatique « liliopatra ».

Comme beaucoup d’autres, j’ai signé, puis, tout s’est accéléré, il y’a eu le slogan « sayeb sala7 » et on commençait de parler d’une manifestation.

Sur le mur de cette action, on discutait, il fallait des volontaires qui se présenteraient pour signer la demande d’attroupement, et la ,devant « tharben lougha w tbahniss » de quelques uns, comment on fait tous la grande gueule derrière des pseudos (d’ailleurs y’avait beaucoup plus de pseudos que de vrais noms), j’ai regardé, et j’ai tape un message « li (parlant de liliopatra), il en faut 2, je signe toi et moi ? ».

Aucune réponse sur le coup, mais le lendemain matin, je reçois un coup de fil d’un numéro que je ne connaissait pas, c’était « li » a l’appareil, elle me parlait avec des symboles, des phrases tordus, en disant qu’elle a déjà donné mes coordonnes, a « quelqu’un », que je vais être contacté prochainement, pour signer la demande, elle a utilisé ces mots « we7ed rajel w b galbou », ca ressemblait plutôt a une séduction, et mise au coin a deux balles, je lui ai bien expliqué, que je voulais pas être contacté par qui que ce soit, et que si c’est elle qui signe, ca ira pour moi, sinon pas la peine, elle m’a explique qu’elle en étant « cyber dissident » va partir en suède très prochainement, avec une organisation qui entraine les « cyber dissident » et qu’elle ne voulait pas d’embrouilles, et quand j’ai demande quel genre d’embrouille était possible, elle n’avait plus ni crédit, ni charge, ni réseau.

Le soir même, j’étais contacté par « delle3a », je n’avais pas confiance, je la connaissais pas, d’ailleurs je connaissais presque personne dans la sphère politique ou activiste. Je n’avais pas confiance, j’étais plutôt grossier, et j’ai pas aimé le ton supérieur avec lequel elle me parlait, et j’ai refusé de discuter avec elle, jusqu'à ce qu’elle donne son vrai nom et prénom. C’était amira yahyaoui, comme je suis admirateur du courage de son père, on a pu discuter, et entre les lignes, j’ai pu facilement lire, que j’étais un cadeau, une offrande de « li » a amira qui s’étonnait même comment « li » ne m’as pas briffé et ne m’as pas donné l’ordre du jour ! et quand j’ai commencé a poser des questions, elle s’est étonné, et m’a demandé si j’allais me dégonfler et LA laisser tomber, on dirait qu’elle parlait de cette manif comme d’un objet personnel.

J’ai appris par la même, l’existence d’un groupe de discussion google, et que je suis déjà dedans ! et qu’on m’a demandé la permission de citer mon nom comme celui qui allait signer, et que j’ai accepté, chose qui n’étais pas vraie, amira était victime d’un phishing, on lui a envoyé d’une adresse bidon, en disant que c’était moi.

Il faut dire que cela ne me gênait pas, j’ai toujours fait ce que j’ai a faire dans la lumière, avec mon nom prénom, je ne me suis jamais caché, ni derrière un pseudo, ni un faux profil, ni derrière quelqu’un.

Et la, dans le groupe google j’ai découvert l’orchestre, l’équipe, le team, je connaissais personne, mais je m’en foutais, j’étais persuadé que je faisais « the right thing », je m’en foutais si quelques uns étaient « protégés », si d’autres « avaient un agenda », et je me suis persuadé que moi, je le fais pour défendre MES droits, donc si je plonge, ca sera parce que j’ai défendu MES droits et rien que MES droits, pas les buts d’autres personnes.

J’ai appris que Sofiene Chourabi et une autre personne (qui m’as strictement interdit de citer son nom, et que je vais appeler tout au long de ce témoignage MBL) allaient signer, mais vu leur engagement politique, il était préférable, pour que l’action ne soit pas récupérée, que les « têtes d’affiche » ne soient pas politisés, argument qui m’a convaincu a l’époque. Donc pour signer, c’était moi et une ado de 19 ans, qui s’est porte volontaire, et que « li » n’a pas eu pitié de son âge ni de son immaturité ni de son désir d’être « hero for a day » pour la présenter comme offrande elle aussi, d’ailleurs, on ne parlera plus de « li » car pour elle, c’était mission accomplie, elle ne participe plus a rien, elle ne fait plus partie du groupe, elle a disparu !

Tout au long des discutions, j’ai remarqué, qu’il y avait, grosso modo deux visions, celle des gens a Tunis, qui était plutôt pessimiste, plus réaliste (a mon gout) et plus pratique, et celle principalement des « parisiens » qui était plus radicale, plus violente.

Y’avait aussi un sujet tabou, la question : au pire qu’es ce que je risque.

Tout le monde ou presque, évitait la réponse, en utilisant des formules pas claires : on ne sait rien, peut être que c’est grave.. histoire juste d’avoir la conscience tranquille.

Jusqu'à ce moment, j’étais celui qui a le plus a perdre (un père dans l’armé, une femme qui travaille dans l’étatique, un fils, et le boss de la société ou je travaille, est le vice président du conseil de machin je sais pas quoi des télécoms), le moins protège, celui qui a le moins d’expérience.

On se réunit un samedi aprem, on boit des verres, et je pose un vito contre la deuxième personne qui est supposé signer avec moi, un veto ferme, vu son âge. Veto plutôt bien accepté par le groupe.

A ce moment la, je rencontre azyz, il a fait une entrée fracassante, un ton ferme, et un leadership, j’ai rencontre aussi amel et chiheb, wala et d’autres, que l’alcool de cette soirée m’empêche de m’en rappeler, je suis pas sur si j’ai oui ou non rencontré slim amemou ce soir.

Juste après ce meeting, le « clan » de Tunis, des gens sur le terrain, ont décidé, que vu que ce sont eux qui risquent le plus, ben c’est a eux de prendre les commandes, comme dans une entreprise, celui qui donne plus d’argent, a plus d’actions, et c’est lui qui décide. Le clash était inévitable.

Le premier clash, était entre amira et sofiene, ils avaient un historique, se supportaient pas trop, et avaient un problème de leadership, sofiene a préféré se retirer calmement.

Le second clash, était entre moi, et le clan de paris, j’ai arrêté d’observer, et j’ai commence a agir, et comme je sais le faire : direct, vulgaire, grossier, violant, agressif, ferme et non négociable. J’ai imposé qu’on interdise les pseudos, si moi je risque mon cul, avec mon nom et prénom, y’a pas de raisons que d’autres utilisent des pseudos, j’ai exige que ce sont les gens de tunis qui décident, que la manifestation de tunis est la plus importante, les autres a l’étranger, ne sont la, que pour lui donner de l’ampleur, que non, on ne contacte pas les medias (du moins le groupe de Tunis) et on ne s’attire pas les foudres du système, que tout doit être 100% dans la légalité, on utilise le vote pour les décisions et en cas d’égalité, le groupe avec le plus de membres qui sont a Tunis l’emporte, et pas de violence et personne ne doit prendre même pas une gifle. Pour les « parisiens » c’était presque un hold-up, un coup d’état, c’est leur idée, leur vision, c’est eux qui ont tout fait jusque la , et voila un inconnu, aucun « passé », un « pion » vient leur voler leur œuvre.

L’intervention des deux docteurs du groupe, tarek kahlaoui et nabil farhat, a été déterminante, pour que le groupe ne part pas en éclats, ils ont remplace ma vulgarité et mon agressivité par des arguments, et ont su exprimer mieux que moi ce que je voulais dire.

Pour ne pas dire de bêtises, je suis incapable de donner un ordre chronologique clair pour la semaine qui suit, mais tout ce qui compte, est que j’ai vu beaucoup de monde, et dans le bar Jamaica, je discutais avec Slim et Aziz, et Slim se porte volontaire pour signer avec moi, on se ressemblait trop, les deux informaticiens, les deux mariés avec un gosse, les deux n’avons pas de passé politique, les deux on a dépassé l’adolescence, les deux on avait un travail stable et une bonne situation, pour moi c’était rassurant, la partie manquante du puzzle est la, les choses très sérieuses pouvaient commencer.