mercredi 13 octobre 2010

Manif 22 mai, les dessous des cartes, ou ma vérité a moi. (Partie 2)

Avant-propos :

L’avant propos de la partie précédente s’applique également a cette partie ainsi qu’aux éventuelles parties suivantes.

La préparation, la logistique ?

Une fois, moi, Slim, azyz,Trabelsi hana, MBL, en accord, avec des repères plus au moins claires, je n’avais plus l’impression d’être un pion, qui avait usurpé quelque chose, j’avais l’impression d’être aux commandes, et c’était pas juste une impression, les choses se sont vite transformés, je me voyais avec Slim/azyz presque tout les jours, j’étais celui qui été farouchement attaché au respect de la loi, Slim était celui qui voulait pousser plus, avec une vision plus proche de ceux de Paris, azyz respectait le fait que comme c’est nous qui prenons le plus grand risque, les plus exposés, c’est a nous de décider mais il était de très bon conseil, hana et MBL étaient d’une grande aide logistique, y’ avait plutôt une excellente ambiance, même avec des divergences, qui au départ n’étaient pas si graves que ca, mais plus la date du de 22 approchera, plus il seront visibles et décisives.

Personne dans l’équipe de Tunis n’était avocat, ou avait des connaissances particulières en droit, (d’ailleurs pour l’anecdote, un ex membre du groupe a affirmé que la demande se fait « fi markez ») et la, venir, pour la première fois dans l’histoire de la Tunisie, se présenter comme simples citoyens qui veulent profiter d’un droit constitutionnel, sans vraiment savoir comment ca doit se faire, c’était presque du suicide.

L’équipe de Paris, a accepté, ou du moins c’est ce que j’ai pensé a l’époque (le après 22 mai a montrera que j’avais tord, j’y reviendrais) d’être que l’ombre de celle de Tunis, Tarek et Nabil étaient principalement les « verrous de sécurité », car plus les choses avancent, plus le stress monte, et plus on va vers « une fuite vers l’avant » , personne n’a jamais fait ca avant, on savait que la police nous suivait (le groupe google était censuré), la tension montait…

Le groupe google, était un groupe public, tout le monde, absolument tout le monde, pouvait lire ce qu’on disait, en temps réel, avec nom et prénom, même la police, ou autre, tout citoyen, et ca c’était un choix, y’a eu des gens contre, des gens pour, mais si ma mémoire est bonne et je ne dise pas de bêtises, Slim et moi-même on étaient d’accords pour ce choix, et on a pesé pour le garder, l’idée était qu’on n’a rien a cacher, on n’a rien a se reprocher, en agis dans la légalité la plus totale, pourquoi donc un groupe privé, peur de la police ? Mais on allait les voir, dire qui sommes nous, qu’es ce qu’on veut faire et pourquoi, d’ailleurs le groupe était ouvert pour tout le monde (pour participer / écrire), a condition que son identité soit confirmée par un autre membre du groupe, a fin d’éviter toute éventuelle « taupe » qui stériliserait les discussions.

Beaucoup de gens se sont joints , et ils étaient plus qu’utiles surtout pendant la préparation et la médiatisation, et si je cite pas les noms, c’est que je sais pas dans quel ordre ils sont joints au mouvement, peut être ils étaient la bien avant moi, je me rappelle pas de qui a fait quoi, a quel moment, et je ne vais pas le dire pour éviter des connerie, vu qu’ a cette époque tout est trop mélangé dans ma tête, et que a la limite je m’en foutait, l’important était l’action pas qui a participé et comment.

Une seule histoire, qui me fait rire jusqu'à aujourd’hui, est celle de « salade de fruit », oui, un monsieur avec ce pseudo, parrainé par Amira, qui a insisté pour faire une dérogation et qu’il garde son pseudo pour des raisons de « sécurité », et on a eu droit a la première intervention de cette « salade de fruit », un long long long texte, dans un français sorbonien de sciences po sauce académie française, avec un ton bien supérieur, qui donne des leçons, qui montre comment faire, avec même des galvanisation des troupes ! Ce général, a eu pour son grade, il n’a pas été épargné, personne n’a porté de gants avec lui, et on en a plus jamais entendu parler de lui.

Y’a eu beaucoup de temps perdu, d’indécision tout au long des discutions, beaucoup de membres ne se connaissaient pas, ne se sont jamais rencontrés, et ne savaient rien sur les autres, et pire ils savaient des choses qui se sont avérés incomplètes ou ironés. J’ai du forcer les choses, j’ai du mentir pour faire avancer , je travaillais toute la semaine et j’étais disponible que les samedis, donc j’ai dis que si ca ne se passe pas au plus tard « ce » samedi (en précisant une date), ca ne se passera jamais, vu que samedi d’après je serais en mission a l’étranger avec le travail, et donc je ne pourrais pas signer, alors que je n’avais pas de mission, la mission était prévue mi-juin.

Ca a marché, et on avait un repère, un samedi ou on devrait se voir pour déposer la demande, et du coup tout est beaucoup plus clair.

Et la, un problème se pose, alors qu’on a déjà fixé la date du 22 (je n’ai aucune idée qui l’a fixé ni pourquoi) , on vient d’annoncer que la finale de la coupe de Tunisie serait pour le même jour, et une discussion s’ouvre, devons nous reporter la date quitte a perdre en crédibilité, ou la garder quitte a perdre en visibilité.

La décision n’était pas simple, j’étais pour reporter, j’étais au fond de moi conscient que ce n’est pas une manifestation qui pourrait changer les choses, mais seule une pression médiatique le pouvait, les avis divergeaient, il y’a eu un vote, et le groupe a décida de garder la date.

J’aurais pu faire plus de pression et de lobbying pour changer, mais j’ai accepté la décision collective beaucoup trop facilement , même si j’étais pas trop convaincu des arguments pour le maintien, et même si ca n’a pas été dis, j’ai compris que c’était juste pour ne pas mélanger les cartes de la manifestation parisienne, et que tout compte fait, l’idée que les manifestations a l’étranger n’étaient que l’ombre de celle de Tunis, n’était pas si comprise que cela en avait l’air, j’ai pas fait trop de bruit car j’avais une idée derrière la tête, et il faut dire que c’était –a mon point de vu- une bonne idée a l’époque.

Je me suis mis a la place des « responsables » au ministère de l’intérieur, si j’interdis la manifestation, je dois me justifier (naïf que j’étais..), si je l’autorise, ca sera une première, et je veux pas créer un « 6 avril tunisien », donc que la manifestation coïncide avec la finale du coupe du monde, donnait au ministère une possibilité, une porte de sortie, sans être humilié si il accepte, et sans être attaqué (et en payer les frais médiatiques) si il refuse, c’était une porte de sortie honorable : votre manifestation a été refusé, vu qu’il y a la finale de la coupe de Tunisie, le président se déplace, et il ne seras pas possible d’assurer le bon déroulement de la manifestation. Malheureusement les « hauts responsables » n’ont pas saisi la perche...

C’est vrai que ce n’est pas très « noble » de ma part, d’œuvrer pour une manifestation, donner du temps, de l’énergie, de l’argent, prendre des risques, alors qu’au fin fond de moi je savais qu’elle n’aura pas lieu, contrairement a Slim par exemple, qui y croyait a fond.

Et la c’était une différence très fondamentale, entre ma vision, et celle de Slim, lui il était plus « romantique », plus « chevaleresque », plus « révolutionnaire » et moi, j’étais plus « réaliste », plus « concret », il avait beaucoup d’espoir et d’espérance dans « chou3oub el internet », pas moi, j’avais pas confiance dans les milliers de pseudos, et je pensais que n’est réel que ce qui l’est vraiment, et a l’heur H, c’est pas des pseudos qui devraient assumer tout ca, mais des gens bien réels, et il y en aura pas beaucoup, lui il pensait qu’il fera cette manifestation, et il abattra la censure, moi je pensais que cette manifestation n’aura pas lieu, mais ca sera une bonne étape, et elle ne servira absolument a rien si elle ne reste qu’une étape orpheline, et si on a une chance de bouger les choses, c’était avec le tapage médiatique continu.

J’avais l’impression, que Slim sous estimais les conséquences, s’en foutait a la limite, et je pense que cette discussion exprime mieux nos visions :

- Slim : si ils veulent nous baiser, ils ne se gêneront pas, peu importe si tu respecte la loi ou pas,autant que ca serve a quelque chose, fonçons!

- Moi : certes, mais si ils veulent me baiser, ils ne me trouveraient pas épilé et a 4 pattes ! ca leur coûtera beaucoup plus cher médiatiquement, et je ne suis pas sur que le prix qu’ils paieraient dans ce cas voudra la chandelle pour eux, mais si je leur offre mon cul, ils pourraient me juger, me mettre en prison, et avoir l’image d’état de droits en plus !

La date du « samedi de la déposition » approche, Amira, fille d’ancien juge et celle qui faisait des études de droits, devait nous fournir le texte à signer, sous la forme légale.

Elle tarde, et le premier texte qu’elle propose, a reçu mon vito, non je signe pas ca, trop agressif, trop chargé, pas de ce « mot », même si on s’adresse a une institution qu’on aime pas, ca reste une institution. A ce moment j’ai eu l’impression d’avoir été trahi, je pensais que le groupe adhéré a mon point de vu de « épilé et a quatre pattes », comprenait les risques que je prenais, et était solidaire pour les minimiser au maximum, mais avec un texte pareil, c’était tout sauf ca, j’avais aussi l’impression que le texte était bâclé, vite fait, que le groupe de Paris s’en foutait a la limite du sort ce ceux de Tunis, que ce qui compte c’est la manifestation, pas les gens, qui ne sont que des pions, et n’ont qu’a assumer leur responsabilité, ils savaient ce qu’ils faisaient, mais honnêtement, je n’en savais que dalle.

C’était une sonnette d’alarme pour moi, j’ai pris les choses en main, je suis allé sur google, fais des recherches, et j’ai trouvé le texte de loi, qui parle des manifestations et attroupements. Et la, j’ai eu peur, vraiment peur, très peur, la peur d’avant ce détail, était compensée par l’adrénaline, mais cette peur la, c’était la peur froide, bleue, on dirait une main glaciale qui te serre les couilles, pas très fort, mais suffisamment fort pour que tu peux pas oublier sa présence, c’était pas une peur brusque, mais une peur progressive, que t as l’impression qu’elle coule dans tes vaines, qu’elle envahit ton corps en partant de tes couilles, et aussi bizarrement que ca peut paraitre, plus cette peur t’envahit, plus cette froideur t’envahit, plus t’as chaud a la tête, rien qu’a la tête. Un moment que je ne suis pas prêt a oublier.

Combien de personnes savaient qu’on pourrait légalement tirer des balles réelles sur des manifestants s’ils ne se dispersent pas après la troisième somation ? Combien savaient que qu’après la deuxième somation, une charge de bâtons était complètement légale ? Combien de personnes savaient qu’inviter des gens à une manifestation avant le dépôt de la demande était paisible de 3 ans de prison ferme ? Combien de personnes savaient qu’en cas d’accord, le ministère d’intérieur désigne un officier de police pour être avec la comite d’organisation pour encadrer les foules ?

Pour la première fois dés le début, je réalisais la gravité des choses, et moi qui se croyait réaliste, pour la première fois je me rend compte que ca peux finir en catastrophe, et je me pose la question, si ca arrive, pourrais-je contrôler la foule ? Pourrais-je assumer les actes d’une foule qui peut facilement être incrustés de policiers en civils, qui insulterait le présidant par exemple (6 mois de prison, je n’ai pas crée la loi, je l’approuve pas mais je dois la respecter) tout casser, et me faire porter le chapeau ?

Je me rappelle d’une discussion privée avec un membre du groupe, qui a proposé de faire chauffer les lycéens, de rue de Marseille et nahj roussya, j’ y étais farouchement opposé, utiliser des gamins de 15 ans, qui ne savent peut être pas en quoi ils s’embarquent serait irresponsable, je me rappelle très très bien de mes mots : « ken we7ed fihom yekel kaf,wela ki yetwa9ef ech bech n9oul l’omou eli tbet tebki 3lih, et si ca arrive, je considérais l’opération comme un échec , un énorme échec » et cette discussion, s’est passé, avant de lire le texte de loi, que dire de ma position après l'avoir lu.

D’ailleurs, je n’ai même pas pu continuer à le lire ... c’était trop dur pour moi, et c’était dommage, ca aurait pu nous faire gagner du temps.

Je me rappelle que ma première réaction était de publier sur la page face book les textes des lois, et d’écrire noir sur blanc que je n’invite personne a la manifestation, que c’est juste une information qu’on va présenter la demande et qu’on ne sera que dans la légalité.

Les premières réactions ne se font pas tarder, des pseudos trop courageux, ont pris la peine de m’envoyer des messages : « tu t’es dégonflé c’est ca ?» « Amn dawla kalmouk, 7afthouk darssek ?» etc.

Ce genre de commentaires m’a confirmé qu’ entre le réel et le virtuel y’avait un monde, et on est tous « feress Baghdâd » derrière un pseudo, ils étaient ou ces chevaliers, ces révolutionnaires quand il a fallu signer ? On était combien à assumer un risque réel ? 2 ?4 ? 10 ? pas plus, ils étaient même capables d’écrire un message avec un vrai nom et prénom, avec une identité, d’assumer, d’être responsable, vu qu' enlever l’anonymat impliquait automatiquement la responsabilité, viennent a moi, me donnent des leçons, et me montrent comment faire, c’a ma pas frustré, ca m’a fait rire, je l’ai toujours su, et ca n’a fait que réconforter ma position men « ch3oub l’internet ».

Cet incident a fait que je pense de plus en plus : je ferais ce que j’aurais a faire, pour moi, MES droits, celui qui veux ces mêmes droits n’a qu’a ce joindre a moi,me suivre en REEL, celui qui veux se cacher, ne mérite même pas ces droits et je ne plongerais pas pour lui.

Donc, pour revenir a cette histoire de « demande », on avait un brouillon, des changements à faire, demain c’est samedi, on a rendez vous en centre ville pour faire le dépôt, et ce vendredi la,j'ai rien pu manger, la nuit était si longue, si froide, en plein moi de mai.. a partir de demain, "thnigs will never be the same again".