vendredi 22 octobre 2010

Manif 22 mai, les dessous des cartes, ou ma vérité a moi. (Partie 8)

Avant-propos :

L’avant propos de la partie précédente s’applique également a cette partie ainsi qu’aux éventuelles parties suivantes.

Vendredi, arrestation et interrogatoire, le coup de théâtre!

Vendredi 10h, je me réveille, je m’habille je saute dans un taxi.
J’appelle Slim, il est déjà au centre ville, on va se retrouver avec MBL pour faire la vidéo qui dira que la manifestation est annulée vu qu’on n’a aucune preuve que notre demande a été reçue.

Embouteillage pas possible a l’Aouina, 10h30 je suis presque au centre ville, je rappelle Slim, il me dit qu’il est face au café du théâtre et qu’il se dirige vers Chawachin ! On ne s’est jamais vu au Chawachin, je ne suis pas confortable a ce changement, je m’exclame, il m’informe que MBL a insisté, je lui dis que je ne connais pas, il me répond qu’il va m’attendre a Beb Bhar.

J’arrive a l’avenue Habib Bourguiba, je rappelle Slim encore une fois, son téléphone est fermé, j’appelle encore une fois, et une fois, et une fois, et une fois …

Combien de personnes connaissez vous, qui ont travaillé deux semaines pour préparer une manifestation, 10 minutes avant de voir leurs partenaires, ferment leurs téléphones ?
Pour moi, Slim, a déjà été arrêté.

Je cherche un autre téléphone que le mien, et j’appelle Azyz, je l’informe, et j’insiste que mon téléphone va bien, que ma batterie est chargée, j’ai du réseau, je vais attendre son appel, donc s’il m’appelle dans 10 minutes et je ne réponds pas, qu’il lance l’alerte !
Pour moi il n y’avait pas de doute, Slim est déjà dans la merde, je gardais au fond de moi un léger espoir que « nechloulou » son tel.

Je sors mon portable, j’efface quelques SMS, quelques appels du journal et quelques contacts.
A un certain moment, j’ai pensé à fermer le téléphone et fuir, mais ca servirait a quoi ?

Je me dirige vers « Beb Bhar » tout en sachant que j’allais être arrêté, ils n’avaient plus l’effet de surprise.

J’étais calme, serein, même pas peur, je sais que les dés sont déjà jetés, et que c’est le moment d’affronter.

J’arrive prêt d’un arbuste, 5 ou 6 policiers en civil m’encerclent, ils avaient les Talkie Walkie, bien musclés, et ils criaient, ils étaient trop pressés et paniqués, ils me demandaient ma CIN et mon téléphone.
J’étais calme, j’ai demande qui êtes vous ? Un d’eux, le plus jeune, surexcité, m’a répondu « chorta chorta », j’ai demandé à voir leurs cartes.
Ce plus jeune, apparemment juste un policier « normal », habitué au petit banditisme, allait me frapper : c’était une énorme insolence ! Comme si la vue seule des talkies auraient du suffire.
L’un d’eux, plus vieux, et plus sage, et vu que j’étais calme (j’ai appris par la suite que Slim avait crié son nom dans la rue et a fait un scandale), sort sa carte, rouge, me la montre coté dos, sans montrer ni son nom, matricule, service.

Je donne ma CIN, ils me demandent mon téléphone. Je réponds qu’ils n’ont pas le droit de le confisquer ! Ce même monsieur qui m’a montré sa carte, me lance un regard : « a5tana, het talifoun w le feyda », je lui donne le téléphone.

Un des policiers lis ma carte CIN au Talkie Walkie, dis que « hana chadineh, eyh eyh 7ssol », je n’ai pas pu m’empêcher de sourire. Si juste ils savaient qu’ils n’avaient pas besoin de me kidnapper, si juste ils m’auraient demandé de venir au poste ! Ils craignaient que l’alerte soit lancée ? Ils ont lamentablement échoué, pour cela ils devraient du attendre qu’on soit ensembles ! D’ailleurs, je me pose toujours la question, pourquoi ils ont choisi de nous chopper un par un !

Entre le premier policier qui m’a abordé, et qu’ils annoncent qu’ils m’ont déjà, y’avait pas plus de 30 secondes a une minutes, ils étaient tellement pressés !
Ils me demandent de les suivre.

Un d’eux, me tiens par le coude, je lui demande de me laisser, je n’allais pas m’enfuir ! Il éclate en rires ! Je n’allais pas m’enfuir est drôle apparemment !

Ils m’installent dans une R19, 2 à l’avant, un a l’arrière, le pilote conduit vite, ils me demandent ou j’habite, je cherche le piège, la police nationale sait tout de tout normalement, je donne mon adresse avec prudence, ils me demandent ou je travaille ! Je réponds aussi ! Ils reportent ces informations au talkie et se dirigent vers le Lac. (j'habites a l'Aouina, je travaille au Lac)

L’un d’eux commence à me parler, avec un ton agressif et supérieur, « mela t7eb ta3mel mouthahra si yassine, hak 9thit 3la rou7ek ».
J’évite le débat avec lui, comme je l’éviterais avec tout autre policier d’ailleurs, même si je suis le plus doué des pédagogues et j’arrive à le convaincre, il ne décide de rien lui, peut être que ma position est plus confortable avec la sienne, donc je ne vais pas me casser les pieds à essayer de lui expliquer.

Je sorts une cigarette, j’ouvre la vitre, et je fume. on me laisse faire.
Je n’avais pas peur, j’étais sous le choc.

Ils arrivent a deux pas du poste du lac, ils s’arrêtent, un d’eux descend, reviens 5 minutes après, et ils rebroussent chemin.
Ils m’emmènent au centre ville, prêt de Champion.
Juste avant qu’on arrive, ils me demandent ou j’allais avant qu’ils m’interpellent.
Je réponds que j’allais voir des amis. Ils demandent pourquoi faire. Je réponds que pour faire des activités légales, des activités que la loi nous autorise a faire
Le ton monte, j’ai remarqué que le mot légal est source d’ennuis. Je me tais. On arrive. On me fait descendre.

C’était un moment crucial pour moi. Je savais que si on allait me torturer, ca sera au début, pour me cuisiner, et comme ca, l’interrogatoire se passera bien ! Mes premiers pas direction du poste étaient lourds, hésitants.

J’entre et je ferme les yeux, je m’attendais au premier coup sur ma nuque, j’ai déjà eu des coups gratuits de représentants de l’ordre pour beaucoup moins que ca. pour rien en fait!

Rien ne se passe, on me pousse parce que je me suis momifié a 2cm de l’entrée.

Il n’y avait que des policiers en civil dans le poste, aucun citoyen, aucun uniforme.
On me laisse attendre, j’en profite pour fumer.

Deux policiers viennent me parler, sans poser de questions, juste en me disant, que c’est moi qui allait avoir ce nhar 3la 3ammar, que je ne sais pas dans quel pétrin je me suis mis.

On m’appelle de l’intérieur, on me fait entrer au bureau du chef de poste de police.

Je me trouve face a un homme, la quarantaine,mieux habillé que les autres, plutôt baraqués, mais surtout très énervé.
On me met une chaise en métal a l’intérieur de la salle, on ferme la porte, y’avait que lui et moi, face a face.
Il était énervé
Il était tres énervé.
J’étais calme.
Le premier mot qu’il m’a dit, raisonne toujours dans ma tête, je ne vais pas le traduire, je vais l’écrire en « tunisien » comme je l’ai entendu : « E dawla mte3ek fe9det thi9a fik lel abad »
Si juste il savait que c’est tout à fait le contraire, et que je n’ai jamais cru que la police kidnapperait un jour un citoyen dans la rue.
Il a parlé pendant 5 minutes, non il a crié pendant 5 minutes, mais je n’entendais rien, mon esprit était ailleurs, j’étais rassuré : on ne va pas me torturer, du moins si on va le faire, ca ne sera pas maintenant, ils n’ont pas encore reçu l’ordre, donc quel stratégie allais-je adopter ?
J’ai choisi de dire la vérité, rien que la vérité, de répondre « 3le 7ad sou2al » pas un mot de plus, d’éviter les débats, et de paraitre calme et solide.
L’interrogateur, avait remarqué que je le suivais pas, il crie encore plus fort, et me rappelle que ca ne tient qu’a lui, pour que mon cul, oui mon cul, ne se balance entre deux chaises.

L’image me réveille.

Il me dit qu’il va me détruire, que j’aurais faim. Il me demande si je suis marié, je réponds oui, il me dit qu’il va envoyer un beau mec bien musclé blond aux yeux verts pour draguer ma femme, et qu’il mettra ses photos nue sur Facebook !ca ne me fait pas réagir, après tout si ma femme aime les blonds aux yeux verts, pourquoi m’épouser moi ! Il me dit que toute ma famille sera dans les oubliettes, que famille proche ou lointaine seront réduits a neant ! J’avais l’impression de parler à Chuck Nurris en personne.

Je ne l’ai pas trop pris au sérieux, je savais que ce genre de choses ce n’est pas lui qui décide. Et qu’il attend les ordres, j’ai fait semblant d’être touché. Mais il est intelligent, il l’a vu, l’a compris.

Il m’a expliqué la gravité de ce que j’ai fait, que j’ai permis a des gens « sales, ennemies de la Tunisie » de profiter de moi, de m’utiliser pour salir le pays, il m’a accusé d’avoir donné les adresses de nos consulats a l’étranger (comme si c’était un secret d’état) , que le pays est en alerte suite a ma « bêtise », que je n’avais pas la moindre idée jusqu’a quel niveau « mon histoire » est montée, et entre filatures et autres j’ai couté un milliard de millimes a la Tunisie !

Il me demande ensuite de lui raconter toute l’histoire dés le début.
Je lui ai raconte, en bref, les épisodes de 2 a 7, il écrivait tout. Il ne m’a pas cru sur un point : qu’on allait annuler la manif tout seuls ! Mais n’a-t-il pas vu le groupe ? Ou a-t-il pensé que c’était une ruse ?

Il prend notes, et me demande pour le t-shirt, ou es mon t-shirt ? Il m’a clairement montré que le récupérer était une histoire de vie ou de mort. Cette histoire de t-shirt a pris 30 minutes ou peut être plus, la notion de temps est relative après tout.

Il me demande de sortir, je sors, deux agent m’accompagnent, je fume, une, deux, 3 cigarettes.

On me rappelle, dans un autre bureau, avec un pc cette fois, et le même monsieur.

Il me demande de raconter ma vie dés ma naissance jusqu'à aujourd’hui ! Mais c’est quoi ce bordel ? La police sait tout normalement ! mais apparament non, ou il y'aurait une très mauvais coordination!

Je le regarde perplexe, il me demande le numéro de téléphone de mon père et de ma mère. Je refuse, il me dit qu’il peut les avoir directement de l’operateur. Il marque un point, je dis que je ne les ai pas en mémoire, ils sont dans mon téléphone. Il me donne mon téléphone et m’averti de ne pas appeler ou d’envoyer de sms. Je lui donne les numéros.

2 minutes plus tard un policier entre et dis qu’on ne retrouve pas la trace de mon père, et il me demande s’il est toujours militaire actif ou retraité. Je réponds qu’il est actif, ce monsieur refait cela 3 fois.

Ils me demandent mon adresse, je la lui donne, il me dit que j’aurais du changer ma CIN, qu’ils ont cherché ou j’habite et ont eu beaucoup de mal par rapport a ca.

Je récite ma vie, il note, tout en me menaçant et en incitant sur la gravité des faits et que je suis foutu, et que ma seule chance de voir le soleil un jour et de coopérer.
Entre temps son téléphone sonne plusieurs fois, avant de répondre il prenait un air tres sérieux, il ne parle presque pas, juste il écoute, et finis toujours par « oui chef, 7ather chef ».

Ma vie résumée en quelques feuilles, il me demande toutes les informations que je connais sur Sofiene Chourabi et Wala Kasmi. J’étais sur le cul ! Sofiene n’a fait partie qu’au tout début, et Wala n’a rien à voir la dedans ! qu’a part qu’elle était a la même école que moi , je connaissais rien d’autre ! Je ne savais pas quoi répondre, il insiste, j’insiste, il a senti que j’étais sincère, que j’ai vraiment dis tout ce que je savais, il change de sujet.

Il prend 20 minutes de plus pour m’expliquer la merde dans laquelle je suis, et que si je ne suis pas en train de subir les pires tortures au monde, c’est parce que mon père est officier et c’est par respect a ses 35 ans de service dans l’armée. Je réponds que Slim donc est torturé ? Il ne répond pas, j’ai crains le pire, et j’ai hésité à le croire.

Il me demande d’écrire un texte pour dire que la manifestation est annulée. Je lui réponds que si juste ils nous auraient laissé le temps de le faire, il ne me croit toujours pas.
J’écris un texte et je le lui montre. Il appelle un numéro, relis mon texte, et me demande de faire des changements. Je lui dis de l’écrire lui-même dans ce cas. Il me dit qu’il va me dicter !

Et la, et a force de regarder des films hollywoodiens j’ai compris, ils veulent le texte par ma propre écriture pour le montrer a Slim, comme quoi, Yassine a craqué ! Mais ils n’ont rien compris ! On allait l’annuler la manifestation bordel.

Il me dicte, je m’exécute en souriant a l’intérieur de moi, je termine, et je lui dis qu’il est en train de commettre une énorme bêtise. Il me regarde d’un regard menaçant et un grand « N3AM ? ».
Je lui réponds que personne, absolument personne ne croira que je vais qualifier une manifestation de « li9a2 » que ca sera trop visible, que ce n’est pas mon style, et qu’on n’écrit pas comme ca sur un internet. Il téléphone encore une fois, et me dis que « el 9eyeda » préfère garder le texte.

Le ton baisse, et ce monsieur me dis que je dois m’estimer le plus chanceux au monde, que je suis ne « fi laylet el 9adr », plus de menaces, plus de grossièreté (et moi qui pensais être grossier), c’était a la limite cordial. Il me parle comme supposé parler un père a son fils dans les films egyptiens, on n’était plus seuls, et au courant de la discutions, il me demande combien je suis payé, je lui réponds, et je jure sur la tête de mon fils, que mon salaire et celui de ma femme je les ai entendu une 30 de fois, avec un « ezab » qui viens du fin fond du cœur (je me demande ce qui serait passé si je leur ai parlé du 13eme mois et la prime de rendement).
On ose même plaisanter, et je leurs dis que je n’ai plus de tabac donc je ne parle plus, ils m’apportent un café, de l’eau et un paquet de cristal, il était déjà presque 16 ou 17h.
Un policier me demande d’entrer au RCD, je lui regarde d’une manière, suite a laquelle il n’a pas osé me parler jusqu'à ce que je rentre chez moi. mais je lui en veux pas j'ai bien compris que pour lui, l’état, le RCD, la police, le pays, c’était la même chose.

Un autre me demande pourquoi j’ai fait ca, je réponds le plus naturellement au monde, qu’a entendre le président et les journaux, j’ai vraiment cru que la liberté d’expression existait en Tunisie et qu’on pouvait manifester. Personne ne réponds : Un lourd silence de 20 secondes.

Et la quelque chose arrive, un monsieur, un responsable, un haut responsable, avec un costume cravate, entre, demande aux autres de sortir, il ne reste que lui, moi et le monsieur de l’interrogatoire.

Il était clair que c’est un haut responsable vu la réaction des autres policiers.

Il était d’une bassesse, une vulgarité, même les pure pétasses de abdalah guech bourrées ne pouvaient égaler, d’ailleurs il commence par vouloir savoir si je baisais Slim ou si Slim me baisait. Je vous épargne des détails, des insultes, des menaces de torture, un langage même « sere7 » n’utilisera pas.

J’étais stable et solide, du moins je faisais semblant. je savais qu’ils n’avaient pas reçus l’ordre de me nuire physiquement, je ne suis pas intimidé, et je garde un sourire à peine visible.
Il demande qu’es ce que je fais ici, et pourquoi je ne suis pas au « plateau ».
Il fait entrer deux « fsayel » menottés, demande a un policier de les lâcher, et leur dit, en langage policier bien sûre, casser lui la gueule et après on vous arrêtera pour ca. En langage policier chaque phrase doit contenir un parent et un verbe relatif a la baise.

Il me dit qu’il sera mon fantôme, qu’il me suivra jusqu’au bout du monde, qu’il en fait une affaire personnelle.

Il me dit qu’il va monter de toute pièces, avec des évidences, une affaire judiciaire : que je suis terroriste et qu’on m’a trouvé sur des sites Djihadistes.

Il me pose la question : si on nous avait pas arrêté aujourd’hui, aurais-je été devant le ministère des technologies a manifester ? Je réponds que non, il me dit qu’il aurait envoyé une voiture et deux motards me prendre par force de chez moi, me ramener au lieu de la manifestation, et qu’il me fera subir les pires supplices devant tout le monde, puisque ca sera légal ! je lui demande pourquoi il le ferait, qu’es ce qu’il gagnerait dans ce cas ? il réponds par un rire sadique et diabolique de 10 secondes.

Il demande au monsieur de l’interrogatoire si on a apporté MBL, il lui répond que non, il s’exclame et dis que le monsieur de l’interrogatoire ne doit pas être au courant, mais qu’elle est probablement en cage (fi el 9fass a-t-il dit)

Il me dit que je suis perdu pour toujours, et je vais passer 3 ans en prison parce que j’ai invité à une manifestation avant de demander l’autorisation. Je lui parle de loi, de constitution, de droit, et putain comme j’avais raison dés le départ, ces mots la, provoquent une réaction en chaine, le transformant en Hulk, il est en rage, il me demande si je connais la loi, je dis oui, il dit qu’il a une maitrise en droit, et qu’il a le droit de tout me faire et commence a dire n’importe quoi, et il se contredit tout seul en parlant de loi, et la il approche de moi me tiens la veste et me dis que « dmedem mahdi dmedem bawalha 3le rouw7ha, mouch bech yji we7ed mi*** kifi ena bech ywarih el 9anoun » je lève les yeux vers lui avec mépris et dégout, il se calme, il me dis qu’il ne vas pas me frapper, je réponds que je sais, que c’est illégal, et qu’on lui a pas donné l’ordre de le faire.

Je n’aurais pas du ! Les insultes et les menaces passent a la vitesse maximale 10000 trabriba / tzabziba par seconde.

Il me demande de « fumer » comme je le faisais sur les vidéos, il me dit que lorsqu’il m’a vu sur ces vidéos, il a tout de suite su que j’étais super intelligent, et que cette intelligente, et cette volonté de suivre la loi, les procédures, de tout filmer, finira par me piéger.
« 5thitou 3le 9ad 3a9lou » et j’ai fumé une cigarette, comme dans les vidéos.
Il termine son numéro, il sort.

Je me tourne vers le monsieur de l’interrogatoire, je lui demande, mais c’est qui ce con et pourquoi il me parle comme ca ! Il essaye de me calmer en m’expliquant que si il fait ca, c’est parce qu’il est en colère, et il n’a pas voulu voir le fils d’un « zamil » dans une situation pareille.
Je lui explique que mon père n’est pas « zamil », il surveille la Tunisie du danger extérieur, il ne kidnappe pas les gens, ne les insulte pas. Je commençais à perdre mon calme.

J’ai pensé une fois dehors de porter plainte contre ce « haut responsable » juste pour le principe, je dirais pourquoi je ne l’ai pas fait.

Et la, j’ai comme une illumination, je lui demande si je suis arrêté ! Il me dit que non, je dis suis-je libre de partir immédiatement, il me dit que non ! Je lui ai dis je suis donc arrêté, et je veux savoir pour quel crime, et je veux appeler ma famille et appeler mon avocat, il me dit que je suis juste un « invité » « special Guest ».

Il était 20h ou 19h, ou plus, ou moins. Le monsieur de l’interrogatoire me demande de sortir. Il est au téléphone. 35 minutes après, il m’appelle, il me donne le PV à signer, je demande à le lire, il n’a pas aimé, mais me laisse lire, j’ai remarqué qu’il a insisté sur ma bonne foie, et que je regrette amèrement ce que j’ai fait ! Je signe.

Il me donne un autre document, un engagement de ne plus organiser une manifestation ! Mais manifester est un droit constitutionnel, ce document n’a aucune valeur ! Je le signe en me moquant au fond de moi.

Oufff. Il appelle et dis que j’ai signé.

L’atmosphère se détend d’un coup. On me rend ma CIN et mon téléphone(on me demande de le garder fermé). Le monsieur de l’interrogatoire donne des documents a un policier, et lui demande de les transporter a Bouchoucha en urgence.

On sort du poste et on me demande de faire une vidéo pour dire que la manifestation est annulée, on me demande d’être insolent, de me moquer de « 3ammar » et de la police. J’utilise mon téléphone, mais y’avait pas le câble avec !

On va dans un cyber, ils vident le Cyber et me demandent de publier le texte qu’ils ont choisi, je leurs rappelle que ca serait maladroit, ils insistent, je m’exécute, en étant sur que ca fera l’effet inverse.

On sort du cyber, on va dans un café, en route, le monsieur de l’interrogatoire me dis que je vais beaucoup le voir dans ma vie. Je réponds que ce n’a rien de personnel, mais que j’y tiens pas. Il me dit qu’à partir d’aujourd’hui chaque chose de « bizarre » que je sais, je dois le lui dire sur le champ. Je luis dis que je n’ai jamais été « sabbeb mte3 7akem», il me demande si je vois quelqu’un entrain de voler une maison, je ferais quoi ? Je réponds : j’appelle la police. Il me dit que c’est la même chose. Je réponds que si je vois quelqu’un voler une maison, je l’appellerais. Il essaye de me convaincre, je lui demande la permission de parler franchement, il me l’accorde, je lui dis : « manich ta7an mte3 7akem ». Il change de sujet.

On est dans un café, le monsieur de l’interrogatoire retourne au poste, je suis avec 3 policiers, ils m’en veulent parce qu’ a cause de moi, ils n’ont même pas mangé l’après midi. Ils reçoivent un appel, on revient au poste, le monsieur de l’interrogatoire, me ramène chez moi, et tout au long de la route il essaye de me convaincre, de ne pas dire que j’étais arrêté.

Il me demande de ne pas sortir de la maison demain jusqu'à ce que je reçois un appel de sa part, et prier pour que ca ne dégénère pas, car dans ce cas, slim et moi payeront pour tout.

Je suis devant chez moi.
Je suis libre

Enfin, presque…