mercredi 27 octobre 2010

Manif 22 mai, les dessous des cartes, ou ma vérité a moi. (Partie 10)

Avant-propos :

L’avant propos de la partie précédente s’applique également a cette partie ainsi qu’aux éventuelles parties suivantes.

Le premier clash

Cet épisode diffère des autres en plusieurs points, il ne parle pas de la manif, ni d’un groupe soudé qui regarde vers la même direction.

Je sais que beaucoup utiliseront ces propos pour discréditer MBL, mais a la limite je m’en fou, je vais dire la vérité, ou ce qui me semble être la vérité, sans rien ajouter, en essayant d’être le plus objectif possible.

Avant de commencer, j’ai reçu deux questions concernant ce qui a précédé, de "quelqu'un qui m'avoir pose une question en public sur twitter, me traite de 'bas' et demande que j’enlève son nom, chose faite" et hmida ben jemaa, je ne vais pas répondre vu que la réponse suivra dans le reste du récit.

Donc lundi 24 mai, j’envoi un message, non au groupe, mais individuellement aux membres du groupe (le groupe est devenu privé depuis mon arrestation), tout les membres exceptée MBL.

Pourquoi ne pas l’avoir envoyé a MBL ? La raison est simple, je connais ma capacité a mal exprimer ce que je veux dire, et vu la sensibilité du sujet, je voulais prendre l’avis du groupe, a fin que mon message ne soit pas mal interprété.

Personne ne répond.

Après un temps d’attente, Amira me propose de poser mes questions directement a MBL.

Je ne savais pas si c’était pour dire que mes questions étaient légitimes et le risque que ca soit mal interprété est inexistant, ou tout à fait le contraire.

Je reprends le message, je le pose au groupe, MBL inclus.

Mes questions je les jugeais légitimes, j’ai bien insistés sur le fait que ce sont des interrogations pas des accusations, et que je voulais des réponses, et c’était hors de question de garder des doutes pour moi, et la moindre des choses dans un groupe qui combat la censure c’est de ne pas s’autocensurer.

Je ne me rappelle pas de toutes les questions, mais c’était principalement :

  • - Pourquoi Chawachin, on ne s’est jamais vu à Chawachin avant, et pourquoi tant insister, c’était idéal pour la police, alors que a café théâtre il aurait eu beaucoup plus de monde, beaucoup plus de témoins.
  • - Pourquoi on ne t’as pas arrêté ? alors qu’on était 3 à signer ! d’ailleurs la police nous a pris un a un en risquant que l’alerte soit lancée, pour éviter de t’arrêter !
  • - Comment ca se fait que tu garde toujours le pull sayeb sala7, alors que c’était critique pour la police de le récupérer, ils ont même envoyé slim avec des agents chez lui en milieu de l’interrogatoire pour les récupérer

Et plein d’autres détails de ce genre, ils étaient au nombre de 10 si ma mémoire est bonne.

Les questions n’étaient pas posés aussi brutalement comme dans cet épisode, mais j’ai essayé de paraitre le plus neutre, objectif, « professionnel » possible, en insistant sur le fait que ce n’était pas des accusations, mais des questions, et si c’était des accusations je n’aurais pas froid aux yeux non plus « me ched 3leya 7ad sme le ti7, weli fi mo5i 3le lsseni, personne ne me paye, et kelmti 7orra »

La réponse ne se fait pas attendre, et c’était une vraie surprise pour moi.

MBL prend les choses d’une manière personnelle, et après avoir rappelle ses prouesses en militantisme et son engagement comparé a « far5 » comme moi, je deviens un « indic » et un « na9roud » et j’avais un agenda, et je suis « weld taher gargoura » et je n’ai jamais été apolitique, la preuve : je me suis présenté aux élections !

Pour une fois, je ne cède pas a la provocation et j’exige la réponse a mes questions, plus que légitimes, car j’ai risqué mon cul, j’ai passé 12 heures au poste, et tout ce que je raconte était des faits.

Pour MBL répondre a une ou quelques questions, semble suffire pour oublier le reste, bien sure avec le maximum de bruit et bruitage possible, et rien que je me permet de poser ces questions, était la preuve irréfutable que la police ma recrute pour semer la zizanie dans le groupe ! une défense napoléonienne parfaite !

Je ne me laisse pas aveugler ni intimider, je reste calme, et je demande toujours mes réponses.

Et j’ai eu mes réponses : MBL va se jeter du 10 Emme étage d’un hôtel, ou mieux, il a alerté le monde des activistes et joué la victime persécutée, ou beaucoup mieux, il me demande de venir immédiatement a l’avenue Habib Bourguiba ou il m’attendra, pour que je le vois se livrer au ministère de l’intérieur.

Honnêtement, sur le coup, et vu la réaction, j’ai pensé direct a « t7andira », comme celle qui a permis l’arrestation, donc j’ignore la requête tout simplement.

Cela m’a beaucoup fait rire, et je savais que c’était du bluff, et j’ai demande qu’il le fasse. Il sait ou est le ministère, qu’il arrête « tjaltim » et qu’il le fasse ! et j’avais raison, il ne l’a pas fait, heureusement que ses amis ‘sincères’ lui en ont empêché (waw comme si « jad 3leya tfouri5 wel aflem a deux balles »)

Entre temps je reçois des messages privés des membres du groupe, pour me dire que MBL est un cas particulier, qui s’enflamme rapidement, qui risque de faire des bêtises, qu’il est sensible etc. etc.

Je ne savais pas que ce groupe faisait dans le social, mais ca m’a suffit pour garder mon sang froid, tout en exigeant toujours mes réponses.

Tarek propose que tout le groupe se voit, et que tout le monde en discute live.

Le rendez-vous est pris pour le lendemain, tout le monde ou presque était la, il y’avait même les nouveaux membres, il ne manquait que Slim, il y’avait même des gens en plus ! Oui MBL apporte avec lui son conjoint, comme si c’était un dine gala !!!

J’essaye d’être calme, d’insister sur le fait que la réponse et la réaction étaient du n’importe quoi et indignes de quelqu’un de son âge.

Pour les réponses, que j’ai réussi à avoir, entre les crises de nerfs, et les menaces de se jeter du dixième étage ou de se livrer au ministère de l’intérieur, j’ai eu plusieurs réponses, coupés, pas bien articulés, avec plus de sentimental que du rationnel et qui pour être vraiment convaincantes, il faut beaucoup de bonne foie.

La seule réponse que j’ai retenu et qui m’a paru plausible : « qui pourrait expliquer la logique de la police tunisienne, c’est a eux qu’il faudra demander pourquoi ils ont agit ainsi ». ca m’a paru correct et suffisant.

Tout le groupe se met d’accord que l’incident soit clos et que le groupe continue à travailler. Mais apparemment, il restera des rancunes et les événements montreront que même si on était d’accords, il y’en a qui étaient plus d’accords plus que d’autres.

Durant cette crise qui n’a duré que deux jours, j’ai senti pour la première fois que le groupe faisait de la politique : on attend le « vainqueur » pour s’annoncer, on fuit la réponse a la question : « es ce mes questions étaient légitimes ? », en essaye de ne pas se mêler en évitant de dire ce qu’on pense clairement, a moins que personne n’a rien pensé du tout !

J’ai senti (a tort ou a raison) que le refus de prendre position (car mes questions me paraissaient si pertinentes) que le groupe ne voulait pas perdre MBL, car il était précieux dans le sens politique vu son immunité (femme, transplantée, a eu des médailles pour la Tunisie), son introduction partout , et l’appréciation qu’il a par tout le cercle activiste tunisien / ONG / Medias.

Moi je m’en foutais ! Je dis juste ce que je pense, et j’ai déjà exprime ma volonté de ne plus vouloir être une tête d’affiche pour une éventuelle prochaine action, donc du coup j’étais moi important pour la cause.

Es ce que c’était juste un sentiment ? Es ce que c’était la vérité ? Es ce que j’ai tout faux ! Je n’en sais rien, mais à l’époque des faits, c’était mon sentiment le plus profond.