lundi 8 novembre 2010

Manif 22 mai, les dessous des cartes, ou ma vérité a moi. (Partie 14)

Avant-propos :

L’avant propos de la partie précédente s’applique également a cette partie ainsi qu’aux éventuelles parties suivantes.
Sayeb Sala7 II:

Sayeb Sala7 II naquit d’une discussion, on voulait continuer, exploiter la charge émotionnelle que Sayeb Sala7 a suscité, passer un message positif et de continuité, tout en respectant notre ligne directrice : légal, ne fait pas peur, très facilement mediatisable, sans dégâts, et le censeur perd beaucoup plus si il réprime que si il laisse faire.
On parlait de justice, et de 1000 plaintes en même temps (oui, l’euphorie et l’optimisme suite à Sayeb sala7 étaient bien présents), mais on n’avait pas les compétences nécessaires.
On en a parlé avec Azyz, Mehdi Ben Jemaa qui est assistant en droit public, et au fil des discutions, l’histoire d’envoyer des lettres aux députés prend forme.
J’étais sur excité, cette proposition a mon gout était parfaite, et je pensais secrètement – a l’époque – qu’on aura pas moins de 5000 lettres, et que trouver deux nouvelles « têtes d’affiche » ne sera pas difficile, vu que ni moi ni Slim ne voulaient se transformer en symbole surtout que le message subliminal de Sayeb Sala7 était, que tout le monde peut le faire et sans dégâts !
Je n’ai pas voulu en parler de suite dans le groupe, vu que j’ai vu le sort des autres propositions : on en parle, on en parle et on oublie, j’ai rédigé une lettre type, j’ai cherché les textes des lois, et j’ai posté en même temps, la proposition ainsi que la lettre exemple et l’adresse de majless nouweb pour que ca soit du concret.
Les choses s’accélèrent, il était impératif pour moi de faire vite, de un, les vacances parlementaires approchent, de deux, je vais quitter la Tunisie pour venir travailler en Belgique, et je voulais absolument que ca se fait alors que je suis en Tunisie, notre message : on peut le faire a Tunis doit pouvoir passer.
Une chasse a l’homme commence, ainsi qu’une déception amère et progressive, parmi tout ceux qui étaient enthousiastes et prêts a tout suite a Sayeb Sala7, et malgré toute l’énergie que j’ai dépensé, non pour convaincre mais pour expliquer (a mon gout, ce genre d’actions, de prise de positon doit venir d’une conviction profonde et spontanée, non d’une persuasion ou intimidation), personne ne voulait faire le vidéo pour être la tête d’affiche de Sayeb Sala7 II !
Donc Sayeb Sala7 était un échec ! Le message positif n’était pas passé, tout le monde est content de regarder juste regarder,  tous les risques et pressions que nous avons prises et subits étaient donc inutiles ??
Slim, depuis qu’ila décidé de se retirer, n’a pas donné signe de vie, moi, sur un plan professionnel, j’ai déjà démissionné de mon travail, une longue négociation commencée des mois plus tôt pour travailler en Belgique vient d’aboutir, et une discussion avec Nejib Dziri me met la puce a l’oreille.
C’était un mercredi après-midi, au centre ville, on se voit, il était avec sa fiancée, on parle.
Il me dit que contrairement a tout les autres, lui il me conseille vivement d’arrêter et de m’estimer chanceux que tout s’est bien passé, et que le régime ne me permettrait jamais de devenir un symbole, et que si ca serait suivi, ca sera un embryon de 6 avril tunisien, et la, la répression sera énorme, la chance du débutant marche une seule fois.
Je lui pose la question : pense tu que j’irais en prison, juste parce que j’ai envoyé une lettre a un député, ils m’accuseront de quoi ?
Il me répond que ca ne se passe pas comme ca, tu traverse la rue, un policier t’arrête, te demande tes papiers, puis il met sa main sur son œil, 5 autres policiers arrivent, te cassent la gueule parce que t’as agressé un pauvre policier, et on t’embarque pour ca, et on n’aura pas de problèmes à trouver des témoins et a t’envoyer en prison dans un procès équitable.
J’ai trouvé de la logique en ce qu’il disait, d’autant plus, et sans en arriver la, si juste on m’empêche de partir, j’aurais beaucoup de mal de trouver un travail en Tunisie, non pas parce que « de5ileya » fera pression sur les employeurs potentiels, mais surtout que l’histoire de Sala7 a eu un grand écho dans le domaine des IT, et chaque patron tunisien dira : «  Blabzi, a5tani menou ».
Tout cela en tête, et aussi bizarrement que ca puisse paraitre, je n’ai pas laissé tomber, suis-je entre dans une fuite vers l’avant ?
Je commence à désespérer de trouver des têtes d’affiches, la date approche, la lettre type est revue et corrigée, la date de mon départ aussi.
Comme un Messie, Azyz apporte la solution, il m’appelle et me dis que Slim est intéressé et qu’on va se voir les 3 ce soir.
On se voit, on parle, pas trop de bla bla bla, du concret, samedi matin on se voit, on fait la video, on envoie. Ainsi soit-il.
Samedi matin, Biwa, on écrit nos lettres, on fait la video, et je pense que celui qui était le plus tendu, était Azyz.
On poste les lettres, la video est prête, mais elle ne sera pas lancée le jour même.
Mon départ était prévu pour le lendemain 7h du mat. Je leurs demande de ne la poster qu’âpres mon départ. Ce n’était pas pour échapper a n’importe quel le éventuelle merde, de toute façon j’allais revenir 15 jours plus tard pour des papiers, et si ca merde, j’assumerais ma part, mais pour  pouvoir partir et au moins signer mon contrat.
Dimanche après-midi je regarde la video comme tout le monde sur Facebook.
Je commence à attendre et a revoir mes estimations de nombre de lettres a la baisse... entre ceux qui se défendent et essayent d’expliquer pourquoi ils ne vont pas envoyer leur lettres alors que personne ne leur a demandé quoi que ce soit, et ceux qui disparaissent alors que personne ne les a cherché, j’ai eu toute sortes d’excuses. Entre ceux qui ne reconnaissent pas le parlement, et ceux qui ont un proxy, et ceux qui pensent que les parlementaires n’y peuvent rien, toute excuse était bonne pour échapper a la responsabilité, mais avez ils besoin d’une excuse ? j’ai peur est si difficile a dire que ca, suis-je étrange et bizarre parce que j’arrive si facilement de dire que j’ai peur ?
 le mot clé est responsabilité, quand il s’agit de regarder et de parler derrière un pseudo, on est tous des héros, mais quand il faut utiliser son nom et prénom, qu’il faut se déplacer, meme dans un cadre complètement légal,  la on trouve des excuses ! et depuis le 17 mai, je commence pour la première fois a penser que Sayeb Sala7 était un cuisant échec, du moins au court terme, et que si le message du Néo-Nidhal, que tout le monde peut le faire, qu’on peut être citoyen, responsable, combattre pour ses droits d’une manière légale, mediatisable et continue est possible a Tunis n’est pas passé, et contrairement a ce que j’attendais, c’était pas ceux qui ont fait le plus de bruit lors de la première action qui ont réagis, mais c’était des autres messieurs tout le monde qui étaient responsables , des Ons Messadi, des Slim Soussia…
Y’en a ceux qui ont « envoyé des lettres » mais n’ont pas filmé, photographié ;) , y’en a ceux qui ont envoyé des lettres sans leur nom, pour fuir la responsabilité. Il y’en a eu, si ma mémoire est bonne, une cinquantaine de lettres.
J’ai eu la preuve aussi, que tout l’orage qui a était causé par l’histoire de apolitique lors de la première action, était un orage fictif : la deuxième action n’était pas apolitique, mais combien de partisan ont envoyé leur lettres ? Pas nombreux, car apparemment pour eux, il y’a une seule manière de militer : remplir les prisons, et même si ca n’a pas marché depuis 20 ans (qu’a remplir les prisons), ben tan pis, ils continuent.
Ma déception relative a Sayeb Sala7 II, associée a d’autres raisons expliqués dans les précédents épisodes, ajoutée a des raisons personnelles et ma conviction que si on veut faire quelque chose, c’est a Tunis que ca doit germer et je n’étais plus a Tunis, j’ai décidé de quitter Facebook, chose faite.
15 jours après, je suis rentré en Tunisie, on ne m’a pas inquiété, et je n’ai eu aucune information que n’importe qui, parmi ceux qui ont envoyé leurs lettres a été inquiété, sauf Mme S(vivant et habitant en France), qui m’a informé que la police a contacté ses parents en Tunisie, pour lui dire « bech trith ».
Les discutions niveau groupe, après sayeb sala7 II n’étaient pas si abondantes, il y’a eu un calme, un calme qui continuera jusqu'au Flash mob avorté. Mais ca, ca sera dans le prochain épisode.