mardi 21 juin 2011

Ce soir, j'ai su comment mon père est mort..

Si vous, vous avez oublié, pour vous ce n'était qu'un fait divers ou une occasion pour une enchere politique, moi il était mon père. Si pour vous chaque jour qui passe vous oubliez encore un peu, moi chaque jour je réalise encore plus.






Aujourd'hui, j'ai su et eu la confirmation comment est mort mon pere, comment il a preferé mourir pour défendre des civils et ne pas attendre les renforts, comment il ne s'est pas caché derrière les lignes et est parti seul, oui seul, devant les regards de ses subordonnés qu'il a preferé ne pas exposer et les civils qu'il a protégé. Seul sous les balles de deux "terroristes" super entrainés, super équipés, pour récupérer le corps de Walid Hajji Allah yar7mou, comment il a préféré mourrir que de tuer le deuxieme "terroriste" (il a mis le premier hors état de nuire)  Oui, il était à 3 metres du deuxième "terroriste" et au lieu de lui mettre une balle dans la tête quand il le pouvait, il lui a donné un avertissement, un dernier, toujours seul, pendant que les autres regardaient , les autres aux quels il a interdit d'approcher pour les protéger. Le "terroriste" à fait semblant de se rendre et a profité de la volonté de Taher Ayari d'éviter de verser du sang tunisien, même le sang d'un criminel, pour lui tirer une balle.


Une balle qui l'a traversé, traversé le foie, les intestins du Colonel.
Oui, aujourd'hui j'ai su.
Oui, aujourd'hui je peux commencer mon deuil.
Oui, aujourd'hui en Europe, j'ai vu un expert balistique qui m'a couté une fortune, pour me confirmer que la balle n'était pas de dos.
Oui, je l'ai su suite à ma propre enquête, l’enquête de la famille, car le ministere de la defense n'a pas jugé utile de nous le dire.
Oui, aujourd'hui je réalise que j'ai pas beaucoup de souvenirs avec mon père, il etait souvent absent, il était souvent sur les frontieres, en caserne, sous le drapeau
Oui, aujourd'hui je culpabilise, je commence a regretter, que je l'ai pas mieux connu, que j'etais souvent absent, quand lui pouvait être la, fait assez rare.
Vous savez a quoi ressemble la vie d'un fils de militaire? que chaque année ou deux, une nouvelle ville? que le Aid, le jour de l'an, l’anniversaire, votre père ne soit pas la ?


Mon père a passé 37 ans six mois et 16 jours sous le drapeau, sans se plaindre.


Pendant la révolution, il y'avait une manif, les manifestants voulaient bruler la municipalité, qui était sous sa protection, il avait ordre stricte et clair de ne pas se retirer et de la protéger quelque soit le prix, contre l'ordre, l'obligation, il a pris la magnéto, et a parlé aux manifestants :" cette municipalité est a vous, vous voulez la bruler? faites le, je me retire, mais si demain vous avez besoin d'un acte de naissance, sachez qu'il vous faudra faire 30KM a dos de mule pour descendre a Siliana le chercher" Et il s'est retiré - contre les ordres- et ces mots ont preservé la municipalité ,  elle n'a pas été brûlée.






Quand j'avais 20 ans, j'ai brûlé un feu, mon permis a été retiré, j'ai demandé a mon père, de me le ramener, oui un vulgaire permis, il m'a répondu :" weli bouh mouch colonel, ech ya3mel"? je suis passé devant un tribunal, et mon permis a été retiré pendant 2 mois, et j'ai plus brulé un feu rouge depuis.
Quand j'avais 21 ans, j'ai eu une discussion avec mon pere, je fumais pas devant lui jusqu'a sa mort, mais cette fois, l'unique fois, on a fumé deux cigarettes ensemble,  moi je pleurait, aux sanglots, lui, le dure, l'homme militaire, celui qui fasait peur, pleurait aussi, aux sanglots..


Oui, ce billet ne suis pas un ordre chronologique, ne veut rien dire, je ne fais qu'écrire.


Oui, je culpabilise, je culpabilise parce que j'ai pas su ou pu montrer mon amour a mon père, je faisait en sorte de le faire chier, de le contredire , d'argumenter pendant des heures juste pour le faire chier, et quand j'en faisait trop, vraiment trop trop, il me disait Allah yar7mou :" c'est de ma faute, quand t'étais a l'age ou les parents disaient a leurs enfants, "saker fomek", moi je te disais, parle, exprime toi, dis le.."


Je me rappelle des tres longues promenades quand j'avais 5 ou 6 ans a l’académie militaire de Fondek Jdid, ou il m'apprenait la marque de chaque voiture qui passait, et les longues heures pendant lesquelles je lui demandait le noms des animaux dans le dictionnaire , je me lasait pas de demander, il ne se lassait pas de répondre..


Je me rappelle de toutes ces problèmes.. car j'étais un enfant, un ados un jeune adulte a problèmes ...  Et qu'il a supporté...


Oui, je me rappelle de ces pros des lois militaires, qui connaissent l'armée tunisienne, les stratégies, qui connaissent tout, qui nous ont torturé, nous, la famille, avec ces histoires, avec leurs théories sur l’exécution de mon père, sa mort programmée, qui n'ont pas respecté une famille, un père, un homme qui s'est sacrifié pour protéger des civils, (des civils qui sont sorti faire face aux "terroristes" avec des pelles pensant qu'ils étaient comme les autres), qui ont fait des articles, des videos, et ont utilisé sa mort, sa vie, pour collecter quelques "j'aime" sur Facebook.


Oui, ces propos m'ont poussé à consulter un expert balistique, et son rapport, je viens de le voir y'a quelques minutes dans ma boite email.


Oui, mon père avait des problèmes avec Rchid Ammar, avec Ben Hssine, avec Abdlaziz Ben Dhya
Oui, l'armée, les généraux, la Tunisie étaient injustes envers Taher Ayari, dans sa vie, et dans sa mort.
Oui, l'armée, le gouvernement,  étaient très injustes envers Taher Ayari, un jour peut etre j'en parlerai, de toute cette humiliation que l'armée, le gouvernement, la Tunisie lui ont infligé.


Oui, mon père est au même grade que Farhat Hached, Mosbeh Jarbou3 et les autres, malgré lui, malgré moi, malgré tout le monde.


Oui, on  a essayé de tout prendre de mon père: la gloire de la mort, la gloire qu'il a payé par son sang, qu'on a essayé d'utiliser, même mort, politiquement, ou pour régler des comptes


Oui, les simples tunisiens, monsieur tout le monde, les gens que je trouve chaque fois autour de sa tombe, des gens que je ne connais pas, sans les caméras, sans se positionner en analystes politiques qui savent tout, en train de lire "fet7a", ces gens lui ont rendu cet hommage
.


Oui, même  à 30 ans, on se sent orphelins.
Oui, quand j'ai appris que mon père à été tué, j'ai senti que "thahri te9ssem".




Oui, rien ne remplacera mon père.
Oui, j'en veux a tout ceux qui ont un père.
Oui, pour l'état, mon père n'est pas un martyr de la révolution, il a juste eu un accident de travail.
Oui, ce soir j'ai mal, très mal, trop mal pour pouvoir le garder pour moi seul.
Oui, je sent l'inutilité de son sacrifice, quand je vois que ça n'a rien changé , que c'était inutile, que ça n'a servi qu'a installer une amertume, une tristesse, un mélange inexpliqué, bizarre, dans les coeurs, les yeux, d'une famille, pas plus.. On l'oublie, ce n'était qu'un fait divers après tout..
Oui, ce soir je pleure, à l’intérieur, je commence à realiser, je n'arrive même pas a libérer mes larmes.
Oui, mon père est mort une deuxième fois ce soir, il mourra chaque fois que je fermerais les yeux et je me souviens d'un bout de souvenir avec lui, et je réalise que les souvenirs j'en ai pas beaucoup.


Oui, mon père est mort, mais il sera mort chaque fois que je me rappellerai que ça n'a rien changé.
Oui, mon père est mort, mais il sera mort chaque fois que je me rappellerai que je suis orphelin, que mon dos est nu, et je me le rappelle avec chaque seconde qui passe.
Oui, aujourd'hui j'ai su comment mon père est mort, j’écoute la chanson Abou Yassine.






Oui, je sais comment mon père est mort.. mais je ne sais toujours pas qui l'a tué..
Mais ça, c'est une autre brûlure, une autre blessure, d'autres larmes..


Oui, ce soir, il est mort..  et comme chaque soir ce soir vous n'y pensez pas.. Ce soir, il est encore mort, et comme chaque soir, je ne penserais qu'a ça...


Bonne nuit papa.


منذ استشهاد الرّائد محمد البجاوي في معركة بنزرت اثر قصف جوّي في جويلية 1961, يعتبر الطّاهر العيّاري ثاني ضابط سامي يستشهد في تاريخ القوات المسلّحة والجيش الوطني و اعلاهم رتبة على الاطلاق و اّول ضابط سامي يستشهد في قتال مسلّح مباشر في تاريخ تونس