mardi 19 octobre 2010

Manif 22 mai, les dessous des cartes, ou ma vérité a moi. (Partie 6)

Avant-propos :

L’avant propos de la partie précédente s’applique également a cette partie ainsi qu’aux éventuelles parties suivantes.

Mardi soir, le changement de tactique !

Contrairement aux trois premières épisodes, je n’ai pas eu beaucoup de commentaires sur les 2 derniers, et je commence à me poser des questions, es ce que ce que j’écris est si médiocre que ca ? Es ce que ca n’intéresse personne ? Dois-je arrêter ?

Il est vrai que quelques parts, si j’ai décidé d’écrire cette histoire, c’est pour vider un sac, pour faire un témoignage, pour garder une trace de ce qui s’est passé, car même si aujourd’hui c’est presque fini, que ca n’a pas donné de résultats tangibles et réels sur le court et moyen terme, je pense - et ca m’aide de le penser - que cette histoire a changé quelque chose, a fait avancer les choses, même d’un tout petit millimètre, et que ne pas attendre 30 ans comme le font les ex flics, ministres et responsables pour donner leurs version des choses, pourrait peut être aider, notre groupe, ou un autre groupe pour entreprendre d’autres actions.

Dans les rares commentaires que j’ai reçu, on me dit qu’on a marre de ce qui est subjectif, et on veut de l’insolite, du croustillant. Je ne vais pas changer l’approche, j’ai pas regardé ce que je raconte dans un film, je l’ai vécu, je l’ai senti, la peur dont je parle n’est pas exprimée par une musique et une expression de visage, mais c’était une peur bleu, froide que j’ai vraiment senti, donc non, je vais continuer à écrire subjectivement. Pour les insolites, il y’en aura, et je risque de m’attirer d’énormes foudres, mais jusqu’au 22, il y’avait beaucoup d’action, il y’avait les vidéos, donc y’a pas trop d’insolites, tout est presque connu, les vrais clash, les vrais malentendus, les vrais tournants, commencent le dimanche 23 mai, et a partir de cette date jusqu’au 12/10, la date que j’ai commencé a écrire, le public (400 lecteurs réguliers) trouveront les vrais « dessous ».

Une dernière remarque, on m’a dit aussi que je dégage une image négative de moi-même en racontant de la sorte, je tiens à rappeler que je n’ai participé a nhar 3la 3ammar, ni que j’ai écrit ce témoignage pour plaire ou construire une image, et qu’a la limite je m’en fou !

Donc, on était mardi soir, et j’étais dans le brouillard de la « guerre », sur internet, l’action commence à prendre énormément d’ampleur, mais ce n’était pas suffisant pour moi, moi qui ne croit que dans le réel.

Dans ma pensée profonde, je croyais en « l’information », les medias, que ce sont les seuls capables de faire bouger les choses, aucune manifestation ne fera autant d’effet que si le même jour on parle de nous au CNN, Al Jazeera, et BBC. Mais on a décidé, et j’étais partisan, farouche défenseur de cette idée : non, on s’orientera pas vers les medias étrangers.

La raison était simple, on ne cherchait pas, et on ne pouvait pas faire une confrontation frontale avec le système, on n’a pas les moyens, et on a trop à perdre, d’ailleurs j’ouvre ici une parenthèse, qui vu les circonstances actuelles pourrait m’attirer des foudres.

Je me rappelle d’une discutions avec Mohamed Soudeni (qui ne faisait pas partie du groupe, mais qui était sympathisant de la cause), sur ce point, son avis était de pousser vers la confrontation directe et frontale, ne pas fuir les medias, au contraire, les chercher par tout les moyens.

Je lui ai dis, que je ne veux pas être Fahem Bou Kadous II, que je n’ai pas suffisamment de couilles pour ca, et ce ne sont pas les statu Facebook de soutien qui amèneraient le lait et les couches pour mon fils, je prends des risques certes, mais ce genre de risques, non, pas pour moi.

Il était dans un état de fureur pas possible, comme si j’ai insulté el Fehem !

Bref, donc dans cette vision, j’étais contre un contact direct avec les medias étrangers, même si, et a travers des gens, des chaines de télé et des journaux, ont exprimé explicitement leur volonté de nous interviewer et que notre refus pourrait être pris pour du « snobisme » et qu’ils risqueraient de nous lâcher si ca tourne mal.

Mais mardi soir, je commencé à voir les choses autrement, si aucun media ne parle de nous, (les medias nationaux ont montre leur vif intérêt pour le sujet, et a part el Mawkef et Tariq el jadid , tout allait bien dans le meilleur des mondes, et bientôt les anges feront de la migration clandestine du paradis pour vivre en Tunisie) et vu qu’on n’appartient a aucun parti, aucune organisation, le système pourra nous broyer, et on n’aura qu’au maximum une semaine de soutien sur facebook, après tout le monde retournera a partager des clips et parler du foot.

Je contacte Hana Trabelsi par mail, elle est connectée, on parle, on discute, et je lui propose de faire l’attaché de presse : officiellement c’est notre problèmes comme tunisiens, c’est a nous tunisiens de le résoudre, donc on ne donne pas d’interview, ca ne regarde que nous, mais si un journaliste veux faire son travail et couvrir l’action, on ne pourrait pas lui en empêcher ;) , il trouvera toutes les informations chez Hana même indirectement ;) .

Hana accepte, et dis qu’elle va travailler avec MBL, qui est bien introduit et connait tout le monde, et qu’elle va commence à écrire les communiqués.

Sur le groupe, Azyz commence a reparler des récupérations politiques et qu’on va être baises si ca continue de la sorte, et qu’il faut agir, je lui fait confiance, je sais qu’il va agir, puisqu’il l’a déjà dis.

La vidéo d’un responsable au PDP avec costume cravate qui circule sur le net, en s’appropriant presque l’action , m’a fait rire. Pas a Azyz !

J’arrive à dormir.

Mercredi, premiers signes de la police!

Je n’ai pas beaucoup de souvenirs sur ce qui s’est passé le mercredi, probablement on s’est vu, probablement la scène avec Soudani s’est passé ce jour la, mais dans ma mémoire, du samedi de dépôt, jusqu’au vendredi de l’arrestation tout n’était qu’une seule et longue très très longue journée.

J’ai reparlé avec Hana concernant ce qu’on a dis hier soir, elle m’a confirmé que MBL était d’accord, il fera la traduction du texte en anglais, il contactera tout le monde, et si il n’a pas internet chez lui pour n’importe quel raison, il viendra passer la nuit chez Hana, pour y travailler.

J’étais soulagé.

Vers 20h ce soir la, slim poste dans le groupe que la police est venue le chercher a son adresse de CIN, chez son père, et que son père l’a appelé et veux le voir.

Je relaye le message sur facebook

Et je prépare un petit sac, oui j’ai préparé un sac, avec 2 slips, 2 paires de chaussettes, 2 tricots de peau, non pas de brosse a dent, ca m’étonnerais que j’en aurais besoin.

J’ai préparé mon sac le plus discrètement possible, et je suis retourné sur Facebook.

A ma grande surprise, les messages que j’ai reçu, était certes de soutien, de conseil, mais ce n’était pas très difficile, de lire entre les lignes, sur les lignes même des fois, que y’avait certaine « chmetta ».

Des messages du genre : « comme tu le savais pas ! » « C’est le moment de payer » « tu l’as bien cherché, ech lazek » plein de « loooool » comme si c’était drôle !

Naif que j’étais, et jusqu'à ce soir, je n’ai jamais pensé qu’on allait m’arrêter, après tout je n’ai rien fait d’illégal ! je lisais ce que disaient les opposants sur Facebook, ce que dis le gouvernement, et je pensais que la vérité est quelque part au milieu, que si les deux exagèrent, l’équilibre entre les versions, me dira que je n’ai rien a craindre, apparemment j’étais le seul a penser ainsi, et la confiance que j’avais vers « l’état » va s’avérer une énorme naïveté.

Il faut dire que je n’étais pas déçu, dans ma tête, nous (Slim et moi) sommes seuls si ca merde, on devrait faire face seuls, je n’attends rien de personne, comme ca, je ne serais jamais déçu.

Je savais que si ca marche, ca sera grâce aux 100000000 pseudos, si ca merde, ca sera de ma faute, et comme ont dis nos ancêtres : la victoire a mille pères, la défaite est orpheline.

Donc, mon sac est prêt, je garde le moral, et je m’en dors avec mon pantalon, chaussettes, histoire si ils viennent me chercher, ca se fera dans le calme, et avec le moins de traumatisme possible pour ma famille, qui apparemment n’en savais rien (sauf mon frère qui était sur Facebook).

La nuit sera longue, je n’arrive pas a dormir, je retourne sur Facebook, et je vois qu’on commence a parler de nous, sur des journaux en ligne, que la communication commence a se faire, grâce notamment a Sofiene Chourabi.

Il est vrai que les articles parlent de nous, de notre action, mais il y’avait toujours un focus sur sa personne ou sur MBL. Ce n’était pas désagréable, je m’en foutais, du moment qu’on nous couvre (au sens propre et journalistique).

Il était 22h ou 23h Ma communication avec hana par mail reprend, elle m’informe que le plan d’hier ne sera pas possible vu que la police a coupé internet chez MBL (ca m’a paru trop bizarre sur le coup, ma connexion, celle de slim, de hana n’ont pas été coupés, mais qui peut expliquer comment pense la police, de toute façon MBL était sur que c’était la police) et qu’il n’est pas possible pour lui de venir chez Hana !

Merde alors ! Grosse et énorme merde bien puante !

Je m’endors, jeudi sera le jour des grandes décisions.


lundi 18 octobre 2010

Manif 22 mai, les dessous des cartes, ou ma vérité a moi. (Partie 5)

Avant-propos :

L’avant propos de la partie précédente s’applique également a cette partie ainsi qu’aux éventuelles parties suivantes.

Mardi, Sayeb sala7 !

On est Mardi matin, je me réveille pour aller travailler, je cherche mon t-shirt « sayeb sala7 » pour le porter, il est nulle part, il a disparu.

Y’avait que moi et ma mère a la maison, je lui demande ou est mon t-shirt, elle dit quel t-shirt, je me retiens et je lui explique que je parle du t-shirt « sayeb sala7 » que j’ai amené la veille, elle répond qu’elle ne me le donnera pas !

Et la, tout me monte a la tête, j’étais comme un drogué qu’on lui a pris sa came, hystérique, violent, je ne me contrôlais plus, je ne me suis pas rendu compte que cette histoire de « sayeb sala7 » me tenait trop a cœur, je me suis transformé en ado sous la pulsation incontrôlable d’hormones, j’ai cherché le t-shirt partout, et quand j’ai senti que je ne le trouverais pas, j’ai bouleversé la maison, au sens propre, je me vengeais, je cherchais dans les coins les plus improbables en faisant exprès de laisser le plus grand bordel derrière moi, en criant que je suis pas un gosse de 14 ans pourqu’on me dise ce que je dois ou je dois pas faire, mais mon comportement disait que j’étais pire qu’un gosse de 14 ans.

Dans la chambre de mes parents, sous le lit, je l’ai trouvé, je l’ai mis, je suis sorti de chez moi, un regard a l’arrière, avant que je claque la porte plein de rage et de testostérone, mon regard croise celui de ma mère, elle était en larmes, et dans son regard je voyais une amertume, une déception, une douleur, que je suis pas prêt a oublier, je pense que ce regard me suivra pour le restant de mes jours.

Je sais qu’elle m’a pardonné, même si je n’ai jamais osé demander pardon, mais ce que j’ai fait, et surtout ce regard, me torturent, plus que je n’ose avouer.

Je sors de chez moi, avec le maudit t-shirt, 5 minutes après, mon téléphone sonne, c’est mon père, il me fait une énorme scène, me traite de tout les noms, a cause de ce que j’ai fait a ma mère, mais j’avais pas suffisamment de couilles pour affronter, faire face a ce que j’ai fait, j’ai juste raccroché, il n’a pas rappelé.

Le premier à remarquer le t-shirt, était l’épicier, a l’achat de mes deux paquets de cristal habituels. Quelque chose dans son regard, m’a fait comprendre que je risque d’avoir de grosses merdes a cause de ce qui est écrit, et que ca risque d’être compris de 10000 manières, dont 9999 me fouteraient dans la merde.

Une fois sur mon lieu de travail, j’arrive, j’entre, 30 secondes, mon téléphone sonne, c’est le chef de mon chef, il veut me voir TOUT DE SUITE.

Je monte, il me reçoit, il n’est pas souriant, pas du tout, il me pose des questions du style : « es ce que je t’ai jamais fait quelque chose de mal », je réponds que non, il m’explique qu’avec ce t-shirt sur le lieu de travail, il est dans la merde, et que ca ne se fait pas du tout, et que dans la rue, il se joindra au mouvement si il en a envie, mais que ce n’est pas du tout tolérable au sein de l’entreprise.

Il était calme, ferme et a la limite désolé.

Je comprends son point de vue, j’avais une veste, je lui ai dis que je vais la fermer et que le t-shirt ne sera plus visible, il me répond si ca me dirait de prendre 3 jours de congés pour me reposer ! Et j’ai bien compris que ce n’étais pas une proposition, il me dit de partir tout de suite si je veux, et qu’il se chargera de la procédure administrative avec le RH.

En temps normal, je n’aurais pas accepté, et j’aurais crié au scandale, et exigé une demande écrite de sa part, pas juste un mot en privé sans témoins, mais la, il faut dire que ca m’arrangeait, je pourrais me libérer jusqu'à samedi, le 22 mai.

Je sors, je vais dans un petit café au lac, a deux pas de ce qui sera bientôt mon ex lieu de travail, je prends un café, mon t-shirt bien visible.

Le regard des gens dans la rue m’a vraiment fait peur, je me sentais en danger, apparemment ils ont interprété ce qui est écrit sur le t-shirt d’une des 9999 façons qu’il ne fallait pas.

Je ferme ma veste, et j’appelle slim, je n’avais pas de « wejh » pour retourner chez moi me changer, après le bordel matinal, ce n’était plus possible, j’étais trop coupable trop minable.

Je saute dans un taxi, je descends a Nasr, je m’installe dans le café populaire ou on a signé les documents samedi, 30 ou 45 minutes plus tard Slim me rejoint.

Il me dit que « el mawkef »a peut être publié le texte qu’on a envoyé, on fait le tour du quartier, on n’a pas trouve le journal.

Passant dans la rue, un jeune homme nous interpelle, il nous a reconnu, et nous a souhaité bon courage. Putain qu’es ce que ca fait du bien !

On arrive chez slim, je me change, il me donne ce que j’avais le plus besoin : un pc connecté et un cendrier ! je fais par la même connaissance de Kais, Slim Junior, adorable petit garçon, et trop intelligent, oui oui trop, faut surtout pas glisser dans un débat avec lui, il trouvera toujours le mot ou l’expression qui te fera sentir que t’es con.

Bref, je me rappelle pas si on est sorti l’aprèm ou pas, probablement oui, le soir, une excellente bouteille, on a bu, on a parlé, on a regardé un excellent film, et on a fait la vidéo avec le t-shirt.

Le matin, on est parti de bonne heure, pour rencontrer azyz, on s’est vu a centre Emir, y’avait un spectacle, un jeune homme fait un concours de klem zeyed avec le serveur du mois, je pense que le serveur a gagné a « omek » prêt !

Et la azyz commence à nous parler de récupération de bruits de couloirs de je ne sais pas quoi, putain il est fou le nombre de gens qu’il connait, je ne connaissais pas 1/100 des gens dont il cite le nom, le parcours et les antécédents ! Slim s’en foutait, moi, malgré que je n’ai pas compris qui fait quoi, je n’ai pas aimé du tout, azyz a dis qu’il s’en chargera, c’était parfait !

On revient chez slim, et la pour parler de la suite, je vais ouvrir une parenthèse.

J’avais un ami, Zied, on était à la prépa ensemble, et on a fait énormément de bêtises ensembles, on était assez proches, on est allé en Allemagne et a Paris ensemble, puis on s’est perdu de vue.

5 ou 6 ans après, je retrouve sa trace, grâce à Facebook, on se remet en contact, et on se promet bahja comme au bon vieux temps, c’était juste avant la semaine de sayeb sala7.

Ce mardi la, je le trouve connecté, et je lui demandé ou sommes nous pour el bahja, il me dis clairement qu’il ne veux pas me voir, que je suis dans la merde et un con, que j’ai gâché ma vie, et qu’il a trop peur de s’afficher avec moi ! Tan pis ! Il rétorque qu’il y’a quelqu’un, un ami de lui du RCD qui veux mon numéro, es ce qu’il peut le lui donner ! Je réponds que oui ! Il me dit qu’il voudra me voir ! Je lui réponds, j’ai une heure libre, la tout de suite, mais il doit venir a Nasr, sinon ca sera une autre fois, 10 secondes plus tard je reçois un sms : ok pour Nasr dans 10 minutes, devant la mosquée / fusée.

N’ayant rien de prévu, j’y vais. Une Opel Astra grise matricule 129 m’y attend, et dans l’Astra y’avait un couple, on me sourit, on m’invite à monter, je monte, et on va boire un café, que j’insiste que ca soit « bel we9fa » et dans un café pas trop cher, et on reste visibles (cote rue) et non a l’intérieur. Ca ne semble pas les gêner, on a nos cafés et une mascarade commence.

Il s’est avéré que le monsieur, n’est qu’un homme de main, qui est la juste pour protéger la fille, elle fait 1m60 à peine, grosse, 33kg de fond de teint, un décoté et une jupe, qui donnent presque l’envi de vomir.

La fille commence déjà par un discours bien rodé, et pour me mettre a l’aise, elle enchaine par des insultes pour les « trabelseya » et me parle d’ouvrir un orphelinat a Makther (sachant que je suis AYARI, elle essaye le régionalisme), elle a parlé sans que je dise quoi que ce soit, pendant 15 minutes, elle m’a parlé des « injazet » et qu’on peux changer de l’intérieur, et qu’elle est au RCD parce que c’est le seul parti qui lui permet d’avoir une chance que ses rêves d’aider la population pauvre se réalisent.

Putain, ils font du bon café à Nasr ! j’ai beaucoup aimé, et je me suis retourné vers cette demoiselle, et putain ce que je peux être méchant et vulgaire, et ce que je peux être blessant et humiliant, sans entrer dans les détails, je n’étais pas un tendre, et je luis ai transmis le fond de mes penses, de la manière la plus « toilettique » possible, je ne lui même pas laissé le temps de répondre, j’ai laissé un dinar sur la table pour mon express, et je suis parti a pieds.

Il faut dire que je n’avais nulle part ou aller, je peux plus retourner chez moi, pour des raisons que j’ai déjà mentionné, je pouvais pas aller chez slim, je voulais pas être lourd, même si il m’a très bien accueilli, Slim a lancé un message sur twitter je pense, et je me rappelle qu’une tunisienne en Allemagne, m’a contacte, pour me dire, que son oncle avait un petit studio meublé vide, ou je pourrais rester autant que je voulais, je préférais trouver un studio que je paye, j’ai acheté la presse pour les annonces, j’ai trouve el « mawkef » aussi, je l’ai pris et je marchais, sans savoir ou aller.

J’ai tellement marché, que je me trouve au 10 décembres. Je n’avais aucune idée de quoi faire, et je me suis senti si seul, vraiment tres tres tres seul, personne n’a appelé, personne n’a demandé de mes nouvelles, personne a aller voir, personne a appeler pour boire un café, et en ce quart d’heure, je me suis senti faible, vulnérable, triste et seul.

J’ai laissé ma boite FB pleine, mais ca c’est du virtuel, les messages sont pour le personnage, pas pour la personne.

Mon téléphone sonne, c’était mon père, il était calme, et me demande de rentrer a la maison familiale, et que personne ne me dérangera, me dira quoi que ce soit. C’était pas une demande, c’était un ordre, comme il a toujours su en donner, mais il y’avait aussi une tendresse peu habituelle, et que je ne méritais pas, vu ce que j’ai fait a ma mère la veille.

En général entre moi et mon père, même pour un truc banal, j’en fais des histoires, une argumentation, juste pour le faire chier, et qu’il essaye de supporter, mais cette fois, j’ai juste accepté.

L’article de « el mawkef » m’a fait peur, il était clair qu’il y avait une volonté de surenchère, la dernière ligne dis qu’on a informé le ministère, donc notre manifestation est légale, alors qu’il n’en ai rien ! on n’a pas reçu les accuses de réception de la poste, donc on n’a aucune preuve matérielle tangible que nos courriers sont arrives (ma déception en laposte, et en les institutions (el mou2assasset) est si profonde suite a ce détail des accusés de réception, j’y reviendrais normalement). J’ai commence a comprendre ce que azyz disait.

Pas de nouvelles de « tari9 el Jadid », j’ai pense que puisque Sofiene chourabi ne faisait plus partie de l’équipe, c’est lui qui a saboté la publication.

Je rentre chez moi, home sweet home, je mange, je me connecte, il était 15h ou 16h, je m’endors.

Je vais me réveiller tard ce soir, et depuis le lancement de « nhar 3la 3ammar », il y’aura deux discours, un officiel, pour le monde, pour la police qui suit les discussions du groupe, et un discours privé, underground, secret , ce soir un changement majeur aura lieu, et ca sera la dernière ligne droite…

vendredi 15 octobre 2010

Manif 22 mai, les dessous des cartes, ou ma vérité a moi. (Partie 4)

Avant-propos :

L’avant propos de la partie précédente s’applique également a cette partie ainsi qu’aux éventuelles parties suivantes.

Le dépôt, un Mortal Kombat, choose your destiney : round 2, fight !

On est dimanche, on a fait le dépôt hier, ou c’est ce qu’on a cru, je me réveille tard, je me connecte, naturellement sur le groupe google.

Azyz nous a très trop bien expliqué comment marche la poste, les recours, les règlements, je suis sur qu’il était bostaji dans une autre vie.

Lundi on va voir l’huissier de justice pour aller au ministère.

Vers 14h slim me dis qu’il a partagé notre vidéo sur vimeo. Sur le champ je n’ai pas trop aimé, je pensais que comme on était deux à la faire, qu’il va me la montrer avant de la publier, pour se mettre d’accord si on enlève une partie ou pas, on la sous tire ou pas. Et ca c’est typiquement slim, il a cette faculté de te rappeler qu’avant d’être une équipe, on est des individus.

Et la, j’ouvre une parenthèse concernant Slim, il est si contradictoire, si paradoxal, dans ses pensés, ses idées, il est communiste et intégriste du numérique, il est pour la notion du groupe, du partage sans limite, contre les droits de l’auteur, contre même la GNU, tout donner, tout pour tout le monde, on s’en fou du ‘un’, de la personne, l’important c’est le groupe, avec une vision universelle et humanitaire. Mais, sur le plan des faits, il te rappelle, non il te rappelle pas, il agit juste en individu, en électron libre, en tant qu’une personne, pas de notion de groupe, d’ailleurs il a toujours réclamé, tapé sur la table, pour rester un électron libre, et faire ce qu’il a envi de faire, sans prendre conseil ou approbation du groupe. Et a la limite ce n’était pas très gênant, parcequ il avait la même conviction profonde, la même position contre la censure que le reste du groupe, et ce qu’il fait en tant que cet électron, le réussit plutôt bien.

Donc, la vidéo était sur le net, il n’a rien enlevé, rien, comme on l’a fait, aucune retouche, et je l’ai vu pour la première fois, comme l’ont fait les 4000 personnes rien que sur vimeo les deux premières heures après sa publication.

Et c’était le BUZZ, je l’ai partage sur facebook, et comme slim n’était pas sur facebook, j’étais bombardé, par des messages, des demandes d’ajout comme ami.

C’était énorme, et je ne savais pas comment gérer ca.

Moi, je suis vulgaire, grossier, je dis ce que je pense comme je le pense, sarcastique par moment, je suis capable de rire et de faire des blagues en parlant de sujets très sérieux, ou de prendre un air très sérieux en parlant de futilités. Mais tout ca, ce n’est plus possible, je ne peux plus être moi ! Je me suis senti responsable, et face à cet enthousiasme (encore prudent..), cet espoir, je pouvais plus dire n’importe quoi. Et que c’était lourd à porter, difficile à faire.

J’ai eu des messages d’encouragement, des messages de soutien, des messages de mounechda et que je suis le prince de bel air et soltan el ghalla, des messages de mépris, y’avait même du « 9offa » oui carrément sans parler des messages « qu’es ce que tu fais idiot ! T’es perdu a tout jamais, tu le payeras cher, tu finiras mal, très mal, pense a ta famille etc... » Y’en a eu des insultes aussi, bref, c’était trop.

Et la, un détail me réveille : parmi les messages que j’ai reçu, y’en a des messages de gens que je connais en chair et en os, personnellement, non, ils ne m’ont pas appelé sur mon téléphone, ne sont pas passés me voir, ils m’ont envoyé des messages ! ca reste virtuel donc, le soutien ou autre, pas réel, il s’adressent au personnage et non a la personne, ils n’ont pas compris qu’on a franchi le pas, du virtuel au réel. J’avais envi de crier fort ,haut : « mais bordelllllllllllllll on n’a pas fait une e-pétition, une e-action, ce n’est pas un WoW, c’est le réel, le vrai réel, et je ne risque pas d’être censuré, mais d’aller en prison, merde !! »

Je pense que ce détail, m’a donné une intime conviction, que je dois et je peux attendre rien de personne, que si ca tourne mal, dans le réel, je me trouverais seul et que ces e-soutiens est comme les soutiens gorges dans les magazines, ce n’est que virtuel, il suffit de couper le courant, fermer l’ordinateur pour qu’il disparaisse.

Cette réflexion m’a beaucoup aidé, du moment que je n’attends rien de personne, je ne risque pas d’être déçu.

Dimanche passe.

On est lundi.

Slim passe me chercher a l’Aouina, on passe au bardo, je dépose des papiers a ma banque et je retire de l’argent (oui, et sans entrer dans les détails, sayeb sala7 a couté cher, pour slim et moi, je suis sur que si on était étudiants, on n’aurait pas pu le faire).

Et dans la voiture, on fait cette fameuse vidéo de « ka3bet el birra ».

Y’a eu beaucoup de polémique sur ce détail, une polémique futile, inutile, qui a freiné l’élan que représentais la manifestation, et y’en a qui ne se sont pas gêné pour transformer la bataille contre la censure, en bataille religieuse, et y’a eu des débordements, w takfir, w accusations d’intégrisme, et tout le monde a tout oublié, et on est revenu au sorfag facebook, et au moubid, et si dieu existe ou pas, et si il y a une fatwa ou pas. Et c’était une obene pour beaucoup de gens qui pour des raisons d’images et d’influences sur le net, ont été dans le sayeb sala7, des spécialistes du virtuel, des cyber dissidents, mais vu que ca a pris un air trop sérieux, et que ca risquait de mal tourner, que ce n’était plus du virtuel, ils quittent le bateau, sous ce prétexte.

Je pense que Slim et moi, on ne voulait surtout pas, ni être des symboles, ni des stars, on combat la censure, on ne va pas nous censurer nous même, si il a envi d’une bière, y’a pas de gêné qu’il le dise ! Il n’a incité personne à boire (avertissement : l’abus d’alcool est dangereux pour la sante, buvez avec modération), et nous ne sommes pas les chevaliers sur des chevaux noirs qui viennent libérer la Tunisie, non pas du tout, on était que des citoyens ordinaires, et qui tenaient à le rester.

Personnellement je ne l’aurais pas fait, pas parce que je n’aime pas la bonne bière baveuse et fraiche, mais pour éviter toute polémique stérile et handicapante, mais de la a empêcher slim de le dire ou de couper ca au montage, JAMAIS ! et j’en avais pas le pouvoir de toute façon. (d’ailleurs toutes les vidéos ont été postés sans montage).

Y’en a qui ont pris ca, ou voulait prendre ca, comme une attaque contre la religion carrément ! y’en a qui étaient déçus, mais tan pis pour eux, on n’a rien promis a personne pour décevoir qui que ce soit, on défend nos droits de dire ce qu’on veux, comme on le veux, et si quelqu’un veux faire ca sans parler de bière, je le suivrais, il sait ou est le ministère de l’intérieur.

Donc, on fait la vidéo, on est au centre ville, on gare la voiture, et on va voir Si Chebbi, l’huissier de justice.

On trouve son immeuble, ou il y a un ascenseur qui a largement sa place à Disneyland.

On entre au bureau, avec nos déclarations, on attend, on est reçus.

Si Chebbi était gentil, compréhensif face a notre manque d’expérience, il prend notre déclaration, nous explique que ca sert a rien qu’il vienne, ca ne vaux rien, et on n’a qu’a envoyer nos lettres par la poste, ca devrait suffire, et nous informe que c’est FAUX, qu’on a tout faux, qu’il faut trois signataires (Amira donc n’en savais rien !), qu’il y’a une forme, bref.. Il nous corrige tout ca, ne souhaite bonne chance, nous soutien et on sort de chez lui, sans payer, il n’a pas voulu.

Il nous fallait une troisième personne, et modifier / imprimer un texte.

On cherche un cyber, on va a la publinet prêt du TGM, on réimprime, on prépare, on est prêt, on a besoin d’une troisième personne.

MBL était volontaire depuis samedi au cas où je n’arrive pas à avoir mon congé, slim le contacte, il est toujours OK, il arrivera bientôt, il faut faire vite, je dois être au boulot a 14h.

Il faut dire que les gens autour de nous, ont pris beaucoup de courage depuis samedi, depuis qu’on est allé au ministère de l’intérieur et revenus indemnes, depuis que la vidéo a fait le buzz, et qu’il fallait plus être avec un journaliste ou un homme politique qui peux fournir un minimum de protection si ca tourne mal, son parti, son journal, ses amis peuvent politiser les choses, non ce n’est plus nécessaire, on en a donné l’exemple vivant et souriant en plus.

Je signe les documents, je les laisse a slim, ma présence n’est plus obligatoire vu que ca va être envoyé par la poste, 14h je suis au boulot.

Le soir après le boulot, j’ appelle, 30 minutes après, je suis à rue de Marseille, pour voir cette histoire de t-shirts.

Je n’étais pas trop pour le t-shirt « fi 5edmet el 7akem », je le voyais plutôt comme une provocation gratuite (même pas gratuite, vu le prix du t-shirt), mais j’ai gardé mon avis pour moi, après une longue attente, j’ai mon t-shirt « sayeb sala7 » je le tenais comme un trésor.

Café théâtre, on essaye nos t-shirts, on se photographie avec, des passants demandent des infos, on explique. On rentre.

Le soir, une photo avec le t-shirt, a fait le tour du net, non pas la mienne, pas celle de slim, pas celle de moi et slim, (y’a pas eu de photos pour les 3 ensembles ou de moi avec MBL), mais la photo de MBL : relayée partout.

Je suppose que moi et slim, on ne s’est même pas rendu compte, mais avec le recul, je pense que ce n’était pas innocent.

La journée est officiellement terminée. Je suis chez moi, demain je travaille, on est a J-4.

jeudi 14 octobre 2010

Manif 22 mai, les dessous des cartes, ou ma vérité a moi. (Partie 3)

Avant-propos :

L’avant propos de la partie précédente s’applique également a cette partie ainsi qu’aux éventuelles parties suivantes.

Le dépôt, un Mortal Kombat, choose your destiney : round 1, fight !

Ce qui va suivre, la plus part des gens le connaissent déjà, ca été résumé en vidéo, je pense que ceux qui attendent des insolites, des détails, des noms, doivent encore attendre, les dessous des cartes, les révélations commencent, le 23 mai. Mais comme j’ai déjà précisé, ceci n’est pas une chronique, ou un documentaire, il n’est pas fait ni pour plaire, ni pour régler des comptes, il n’exprime que ma vision des choses lorsque les événements se sont passés.

Pour répondre a plusieurs messages qui me sont parvenus en privé, oui, je vais continuer, je raconterais tout, et je m’arrêterais a la date du 12/10 ou j’ai décidé de commencer à écrire en expliquant pourquoi je l’ai fait, et pourquoi en ce moment.

Je prendrais même la liberté après, d’expliquer ma synthèse, mes attentes, les projets futurs.

Des amis, des membres du groupe, des concernés, ont déjà attire mon attention sur plusieurs imprécisions, j’ai oublié une personne dans un tel meeting, j’ai donné moins d’importance a un événement ou plus d’importance a un détail, mais heureusement, que j’ai bien précisé que c’est un travail d’émotion de sentiment, pas un travail académique, et qui n’engage que moi, donc je peux me permettre de ne pas être trop précis et les corrections, w « jabden el wethnin » sont toujours les bienvenus en privé ou en public :D

Donc pour reprendre la ou j’étais dans la partie 2, vendredi 14 mai, était une longue nuit, j’étais tout excité, fier de moi, je me sentais important, je n’irais pas au point que je me sentais en train d’écrire l’histoire, mais presque, c’était mon moyen de « me la peter » pour trouver la force. J’ai dormi a 4h du matin, j’ai fait un rêve cette nuit, non, pas un cauchemar, un rêve ordinaire, je me voyais a la cantine du lycée quand j’avais 13 ans, manger du « bousa3 ».

Je me réveille tôt, je prends mon café, une dizaine de cigarettes, l’un après l’autre, un deuxième café, je prends un taxi, et je suis à Nasr.

J’appelle Slim, il est encore chez lui, il m’indique un café populaire (je suis fiché dans tout les cafés de Nasr, j’exige toujours un ver d’eau du robinet, j’achète jamais de l’eau en bouteille, je prends jamais de gâteau avec le café, je laisse jamais de pourboire, et je gueule, je réclame a haute voix, et je connais quelques textes de loi relatifs a la vente forcée).

Je prends un 3emme café, slim arrive, souriant en plus, cool, décontracté, on dirait qu’on va faire un piquenique ! Il réussit à me passer sa bonne humeur, il a déjà imprimé la demande, on la relit, on signe, en deux exemplaires, maladroit comme je l’ai toujours été, c’était plus qu’attendu, voila du café sur le formulaire, on ne gueule pas, on en rit, et on fait 2 autres :D

Slim ne fume pas, mais il est toujours d’accord pour un cristou :D il a fumé une ou deux cigarettes, on est partie vers la 4L et on descend vers le centre ville.

Je me rappelle pas qu’on a trop discuté de ce qu’on allait faire, ou qu’on a préparé un speech, un scenario, si sinon digne de deux informaticiens, non, on n’a pas beaucoup parlé, et on n’a pas trop parlé de ce qu’on allait faire.

On arrive, on met la 4L au parking, juste derrière le ministère de l’intérieur, y’avait mosaïque FM dans les hauts parleurs, il était 10h ou 11h du matin.

En sortant, je rencontre le RH de la boite ou je travaillais, je lui montre le texte de la demande, et il me dit : oui oui, je suis au courant, c’est pour cette histoire de big trap boy ? On ne t’attend pas lundi alors ?

A la sortie du parking, on trouve MBL, anxieux, montrant une peur plus que nous, visage pale et pas l’ombre d’un sourire, en le laissant et se dirigeant vers le ministère, on pouvait a la limite voir sur son visage « merde, je vais plus vous revoir ».

On avance vers la gueule du loup, on ne sait pas ou aller, on avance vers la grande porte, celle du ministre, sur avenue Habib Bourguiba, deux policiers armés nous interpellent, étonnés, ou vous allez ? Au ministère ? C’est à coté, l’autre porte.

Et la, j’ai une merveilleuse idée, pourquoi on ne vendrait pas la peur en canettes, putain, c’est magique cette sensation, aussi paradoxal que ca puisse paraitre, la peur donne du courage, de l’audace, de la grande gueule, de la force mentale face a l’intimidation, pour la première fois depuis 2 jours, je n’ai plus peur, le pique était juste avant de traverser la rue direction le ministère, après, plus rien ! Au contraire, de la confiance en soi, de la détermination, il semble que la peur transforme les couilles en des couilles d’aciers.

On arrive devant cette porte, je vois Slim trop sérieux pour la première fois, un sous officier nous demande ce qu’on voulait, on lui répond qu’on veut organiser une manifestation, on avait à le répéter une deuxième fois, il nous demande, qui sommes nous, quel parti, on répond aucun, un regard très bizarre nous dévisage : mais c’est quoi ces cons !. Il demande pourquoi, slim essaye de lui expliquer encore, et son regard dis de plus en plus : mais c’est quoi ces bordel de cons ! On lui donne notre document de déclaration, il demande nos CIN.

Un officier, un jeune lieutenant, s’approche, demande ce qui se passe, le sous officier lui explique, mais c’était clair qu’il n’a rien compris, l’officier prend la demande, nos CIN et nous demande de le suivre.

Une autre porte, juste à cote, une petite salle, on s’installe, on attend, et j’ai pressenti que l’attente sera longue.

Y’avait pas grand monde dans la salle, y’avait une fille voilée qui pleurait toutes les larmes de son corps, un monsieur la cinquantaine qui regardait dans le vide.

Je n’avais plus de cigarettes, je laisse slim dans la salle, je lui demande de me biper si on nous appelle, 2 rue plus loin, je m’achète 3 paquets de cristal et une bouteille d’eau.

Je reviens, je suis debout devant la salle ou il y’a slim, je fume, une cigarette, deux, je reviens a coté de lui, il boit de l’eau, encore une cigarette.

Un monsieur , la 40, 45 ans, chauve, grosses lunettes, grosse moustaches, nous demande ce qu’on voulait, ayant déjà l’expérience du premier sous officier, on est bref, il nous lance une blague (on n’était pas vraiment d’humeur à rire), et s’exclame qu’on a censuré quoi que ce soit, et nous laisse tranquilles.

L’officier reviens, il nous appelle, on est dans la rue, nous rend nos CIN et notre demande, et nous informe que ca sera pas possible de déposer cette demande au ministère.

Et la, une chose extraordinaire arrive, au moment ou n’importe qui d’autre (enfin je suppose) aurait rebroussé chemin, nous on a tenu bon, on a refusé de nous aller, on a demandé et insisté, a la limite de l’insolence, qu’on nous montre le bureau d’ordre, c’est notre droit.

Ni mes arguments : « si la déclaration ne se fait pas ici, tan pi, on la dépose quand même, on prend une décharge, et le ministère pourras nous répondre officiellement, que c’est pas à chez eux que le dépôts se fait et nous oriente »

Ni les éclaircissements de slim : « ce n’est pas a vous de juger si c’est ici ou pas, c’est un document qu’un citoyen présente, vous êtes dans l’obligation de le prendre »

Ont réussis a débloquer la situation.

Nos questions : « alors on dépose ou, si c’est pas ici » sont restés sans réponses

Et la j’ai senti que l’officier était vraiment sincère, il n’en savait rien !! Il a laisse sortir, un petit peut être au gouvernorat.

Mais On insiste tellement, encore et encore, il s’éclipse de nouveau, et deux gars en civil, costume cravate, badge bien sure, mais on ne voit pas le nom, on voit juste le fil au coup, la partie qui normalement doit être visible, comme le stipule la loi, avec nom prénom service, on peut toujours rêver, je suppose qu’elle n’est pas visible pour des raisons de sécurité, bien évidement !

Ces deux gars, se présentent en étant LE bureau d’ordre du ministère, ils sont descendus pour nous voir.

Et comme c’était eux le bureau d’ordre (non non, ce n’est pas une institution, un service, en Tunisie le bureau d’ordre c’est en chair et en Os) ils refusent de prendre notre demande, encore mois de donner une décharge, et je retrouve le regard : mes bordel, quels cons !!!

Le ton monte, on menace de revenir avec un huissier de justice pour constater leur refus de nous recevoir, ils s’en foutaient royalement, a la limite c’était le sourire a peine caché : vas y naïfs, bonne chance, manquais que le lol !

Je demande, alors, qui êtes vous, votre nom/prénom, je vais porter plainte, écrire a votre ministre, et la ca prend une autre tournure, le ton monte, les expressions de visage changent, ils m’ignorent complètement, mais y’avait de l’électricité dans l’air. Plusieurs dizaines de milliers de volts.

Ils nous laissent devant la porte, et reviennent au ministère.

On était au point mort. Très mort même !

On allume deux cigarette, on ne sait pas quoi faire.

On appelle Amira a Paris, on prend le numéro de son père, si Mokhtar, en espérant qu’il nous aide, il était juge, il connais les lois et les procédures.

On raconte aussi bien que mal, ce qui s’est passé a MBL, si Mokhtar arrive. On lui raconte tout.

Je me rappelle que ma main a beaucoup tremblé en le saluant la première fois, je ne l’ai jamais vu avant, j’ai juste lu son histoire une fois, un jour.

Entre discutions, et en passant devant le ministère de l’intérieur, il me dit, parmi d’autre chose, qu’il souhaite un jour que le sous sol de ce ministère se transforme en musé, c’est la ou on empêchait l’histoire de la Tunisie de se faire. Ce mot a raisonné dans ma tête, beaucoup raisonné.

Il nous propose d’aller a « idara el 3ama lel amn el watani » le temps court, c’est samedi, tout ferme tôt, mais j’ai insiste pour boire un café, j’ai retardé le groupe, j’avais besoin de caféine.

On cherche cette « idara », on la trouve, on arrive, si Mokhtar part.

On entre, plus confiants cette fois, on trouve un agent, il nous fait attendre, on lui explique vite fait, il passe un coup de fil (le fameux « jewni zouz awled wela chneya, y7ebou mouthahra wela ndra chneya »), il nous répond : NON.

On essaye avec lui, mais sans succès.

On sort, on retrouve si Mokhtar, on discute.

A ce moment la, j’ai un trou de mémoire, je me rappelle qu’on est allé une deuxième fois a cette idara, es ce que c’était tout de suite après, ou après le gouvernorat, ou lundi. Mais une chose est sure, on y est revenu, et on a eu le même résultat : RIEN.

On décide de tenter le coup avec le gouvernorat, le temps presse, on est samedi.

Je me rappelle que pour le gouvernorat hana trabelsi était la, es ce qu’elle était la depuis le début ? après ? je ne sais pas, je sais plus.

Je me rappelle aussi que si Mokhtar n’était pas avec nous pour le gouvernorat, c’est très flou dans ma tête cette « heure ».

On arrive rue de Rome, on entre, on trouve chewech, on demande le bureau d’ordre, il demande lequel, y’en a deux, on lui explique, et on découvre un nouveau regard : mais merrrddddde pourquoi moi. !?

Comme tout fonctionnaire tunisien qui se respecte, il passe un coup de fil, et la réponse du bureau d’ordre ne se fait pas tarder : merde merde merde, ne les laisse pas monterrrrrrr.

Et la, on n’a pas fait dans la diplomatie, on a crié, exigé, fait le maximum de bruit qu’on pouvait, on était menaçants, « on apportera un huissier de justice pour constater que TU veux pas nous recevoir » , « dois-je apporter la camera de ‘el ha9 m3ak’ pour accéder a un service public » , « t’es la pour me servir, t’es payé par mes impôts, pas pour me dire quoi faire », le fait d’être dans la gueule du loup et en sortir indemne, nous a donne une énorme confiance en soi.

On a demandé de parler directement au bureau d’ordre, il les appelle, ils refusent de nous recevoir, ni de nous parler au téléphone, il appelle le responsable des dossiers politiques dans le gouvernorat, si Zied, il ne le trouve pas, apparemment « fsa3 ».

Et j’étais devant un exemple parfait de l’institution qui démissionne, personne, personne dans le gouvernorat de TUNIS capitale, était capable d’apporter une réponse, de recevoir deux jeunes, qui ont un papier à remettre.

J’étais en rage, Slim plus calme.

On refusait de partir, a un certain moment, le « chewech » m’a fait pitié, il était tout pale, très paniqué, on dirait qu’il n’a jamais fait un truc pareil, et ne voulez surtout pas assumer une responsabilité en nous acceptant, ou en nous refoulant. Et la, le gouverneur et un très haut fonctionnaire du gouvernorat passent a l’accueil, pour rentrer ou ils ont entendu le bruit qu’on s’est pas gêné de faire.

Il demande qu’es ce qui se passe, on lui explique, mais on y arrive pas correctement, on l’a tellement expliqué aujourd’hui qu’on ne trouve plus les mots. On lui tend notre demande, il la survole des yeux, nous la rend, et nous dis que ce n’est pas ici, que c’est a « idara el 3ama lel amn el watani », le plus soulagé, était le « chewech » : vous avez entendu monsieur le gouverneur.

On essaye de grogner, mais le gouverneur était déjà parti.

On sort.

J’avais faim, très faim, mais pas de temps pour ce genre de « luxes ».

On discute, on parle, on décide.

Juste à cote du gouvernorat, y’avait la poste, ou peut être on l’a fait après avoir pris un nieme café ? qu’importe !

On y va, et on envoie notre demande en courrier enregistré et recommandé et accusé de réception et tout, le plus cher quoi, simultanément aux messieurs le gouverneur de Tunis, monsieur le ministre de l’intérieur, et monsieur le directeur de « idara el 3amma lel amn el watani », on prend soin de photographier nos lettres, nos accusés.

Et c’est fini ? Non, pas du tout, ce n’est une longue longue longue journée.

On prend un café, si Mokhtar était la, y’avait le groupe, beaucoup de têtes, je me rappelle pas

On a bu un café, j’en ai pris 2 moi, et on discutait de « et la suite » ?

Je m’attendais à voir un policier a mes trousses, d’être encerclé, photographié, je le souhaitais au fond de moi, cela voudra dire que je suis important. J’en ai pas vu, et pris dans un élan de romantisme, et de paranoïa, j’étais très d’accord que les deux messieurs bizarres assis pas loin de nous, étaient des flics en civile, ils l’étaient peut être, peut être pas, sur le champ, j’en étais sur, mais un autre incident, 4 jours plus tard, me montrera que les flics sont plus pros que ca.

Il était clair, qu’il faut une deuxième « round », si Mokhtar nous indique le seul huissier de justice capable de nous accompagner au ministère. On prend note. Mais lundi je travaille, quelqu’un d’autre signera a ma place, non, je n’abandonne pas mon « bebe », je téléphone au chef de mon chef, je lui raconte des salades, j’ai ma mâtiné du lundi.

Il faut dire qu’on avait ni plan, ni stratégie, ni rien, on avait que de la bonne volonté, au fil des discutions, un monsieur, qui fait plus de 100kg arrive, tout le monde le salut, lui rit au visage, on me présente, mais je m’en foutais royalement, on parle de notre projet, il est très enthousiaste, il propose même d’aller deux pas vers je ne sais pas quel journal et revenir avec les textes des lois exactes.

Il le fait, des qu’il part, tout le monde me dis que c’est un « sabeb b awra9ou » un indic, qui travaille avec la police, et qu’il faut faire attention ! Cette hypocrisie me fait un électro choc ! Mais pourquoi lui parler alors, et de toute façon, je n’ai pas un plan secret, j’ai rien a cacher, je ne fais pas de double jeu, il ne dira pas a la police plus qu’elle ne sait déjà.

On discute encore, et comme ca, sans préméditation, on décide d’écrire à la presse.

On écrit un texte, ou plutôt un texte s’écrit, j’ai changé tellement de mots, en évitant « on a décidé : 9ararna, on s’est rassemble : tajam3na, et tout les mots qu’on peut facilement détourner si on le veut nous accuser de « takwin 3issaba » association de mal faiseurs.)

Hana tape le texte sur son pc, on cherche ou l’imprimer.

Une fois chez l’imprimeur, j’ai eu une soudaine envie, mais alors la très très très forte de me soulager, et j’ai fait la « ********* » (pipi bel 3arbi) la plus longue et la plus délicieuse de mon existence, le mot se soulager, avait finalement un sens.

Chose faite, tout le monde rentre, ne reste que moi et slim.

Je cherche un vendeur de journaux, j’achète tout, tout journal / magazine qu’il avait, je lui demande même de chercher dans son stock, d’anciens journaux qui sortait pas ce jour la. Y’en avait une tonne. On cherche ou on peut envoyer des faxe, on trouve, on prend un coin, et un a un, on a copie les numéros de fax, on a discriminé personne, même les journaux papier cul (el 7adath, kol ness), même les journaux du RCD, de l’opposition, y’en avait une trentaine au moins, heureusement on a su négocier avec les fax-man, pour un prix.

On a envoyé nos faxes, ca a pris un temps fou, on savait que presque personne ne vas le publier, mais on gardait les accusés , pour – a notre manière- mettre le système face a son paradoxe, ces journaux qui disent qu’ils sont libres, que la liberté d’expression est un fait, qu’ils sont a l’écoute de la jeunesse bla bla bla, on voulait leur montrer, que ils mentent ! Tout le monde le savait, ce n’est pas une nouvelle, mais maintenant on avait des accusés de réception de fax qui le prouve.

C’est fait, on va manger, même pas, on prend des trucs à emporter, on mange dans la rue.

Arrivée au parking, on paye, et la slim propose de raconter ce qui s’est passé.

C’était pas prévu, pas a ce que je sache en tout cas, on n’a pas préparé un speech, y’avait pas de plan, on n’a pas fait de simulation, ou d’un « seh seh test test alllooo 1 2 3 » non, ca ‘est juste passé.

On a filmé.

,Dans la voiture je lui ai juste demandé de passer un extrait, pour voir si c’est bien cadré, et si oui ou non on entend ce qu’on dit, les 5 premières secondes ont suffit.

Il appelle montassar jdidi, sans savoir que monta était un camarade de classe en école d’ingénieurs, on pense aller boire quelques bière, la fameuse bahja.

Après des hésitations, on se retrouve fi avenue de la liberté, dans le cercle italien, a boire de la bière, avec des gens que j ai entendu parler mais jamais vu, le créateur de « sayeb sale7 », l’artiste de « zinga map », on était chab3a thkoura. (Une dizaine pour tout)

J’étais fatigué, stressé, tête dans le brouillard, il aurait suffit qu’un de ceux qui sont entré dise « : el 7noucha eli louta, teb3in chkoun » pour que la paranoïa reprend.

Slim parle de la vidéo a Montassar, qui demande de la voir, slim la lui montre, il dit que c’est bien. Il n’a rien dis d’autre.

Je me rappelle que je suis rentré chez moi, slim m’a ramené, ou m’a ramené a mi chemin et puis j’ai pris un taxi. Mais j’ai passé la nuit chez moi, je me suis connecte, j’ai parcouru, sans grande concentration les posts du groupe google, et je me suis endormi, très profondément, comme un bébé. La semaine va être longue… très très très longue.