vendredi 22 octobre 2010

Manif 22 mai, les dessous des cartes, ou ma vérité a moi. (Partie 8)

Avant-propos :

L’avant propos de la partie précédente s’applique également a cette partie ainsi qu’aux éventuelles parties suivantes.

Vendredi, arrestation et interrogatoire, le coup de théâtre!

Vendredi 10h, je me réveille, je m’habille je saute dans un taxi.
J’appelle Slim, il est déjà au centre ville, on va se retrouver avec MBL pour faire la vidéo qui dira que la manifestation est annulée vu qu’on n’a aucune preuve que notre demande a été reçue.

Embouteillage pas possible a l’Aouina, 10h30 je suis presque au centre ville, je rappelle Slim, il me dit qu’il est face au café du théâtre et qu’il se dirige vers Chawachin ! On ne s’est jamais vu au Chawachin, je ne suis pas confortable a ce changement, je m’exclame, il m’informe que MBL a insisté, je lui dis que je ne connais pas, il me répond qu’il va m’attendre a Beb Bhar.

J’arrive a l’avenue Habib Bourguiba, je rappelle Slim encore une fois, son téléphone est fermé, j’appelle encore une fois, et une fois, et une fois, et une fois …

Combien de personnes connaissez vous, qui ont travaillé deux semaines pour préparer une manifestation, 10 minutes avant de voir leurs partenaires, ferment leurs téléphones ?
Pour moi, Slim, a déjà été arrêté.

Je cherche un autre téléphone que le mien, et j’appelle Azyz, je l’informe, et j’insiste que mon téléphone va bien, que ma batterie est chargée, j’ai du réseau, je vais attendre son appel, donc s’il m’appelle dans 10 minutes et je ne réponds pas, qu’il lance l’alerte !
Pour moi il n y’avait pas de doute, Slim est déjà dans la merde, je gardais au fond de moi un léger espoir que « nechloulou » son tel.

Je sors mon portable, j’efface quelques SMS, quelques appels du journal et quelques contacts.
A un certain moment, j’ai pensé à fermer le téléphone et fuir, mais ca servirait a quoi ?

Je me dirige vers « Beb Bhar » tout en sachant que j’allais être arrêté, ils n’avaient plus l’effet de surprise.

J’étais calme, serein, même pas peur, je sais que les dés sont déjà jetés, et que c’est le moment d’affronter.

J’arrive prêt d’un arbuste, 5 ou 6 policiers en civil m’encerclent, ils avaient les Talkie Walkie, bien musclés, et ils criaient, ils étaient trop pressés et paniqués, ils me demandaient ma CIN et mon téléphone.
J’étais calme, j’ai demande qui êtes vous ? Un d’eux, le plus jeune, surexcité, m’a répondu « chorta chorta », j’ai demandé à voir leurs cartes.
Ce plus jeune, apparemment juste un policier « normal », habitué au petit banditisme, allait me frapper : c’était une énorme insolence ! Comme si la vue seule des talkies auraient du suffire.
L’un d’eux, plus vieux, et plus sage, et vu que j’étais calme (j’ai appris par la suite que Slim avait crié son nom dans la rue et a fait un scandale), sort sa carte, rouge, me la montre coté dos, sans montrer ni son nom, matricule, service.

Je donne ma CIN, ils me demandent mon téléphone. Je réponds qu’ils n’ont pas le droit de le confisquer ! Ce même monsieur qui m’a montré sa carte, me lance un regard : « a5tana, het talifoun w le feyda », je lui donne le téléphone.

Un des policiers lis ma carte CIN au Talkie Walkie, dis que « hana chadineh, eyh eyh 7ssol », je n’ai pas pu m’empêcher de sourire. Si juste ils savaient qu’ils n’avaient pas besoin de me kidnapper, si juste ils m’auraient demandé de venir au poste ! Ils craignaient que l’alerte soit lancée ? Ils ont lamentablement échoué, pour cela ils devraient du attendre qu’on soit ensembles ! D’ailleurs, je me pose toujours la question, pourquoi ils ont choisi de nous chopper un par un !

Entre le premier policier qui m’a abordé, et qu’ils annoncent qu’ils m’ont déjà, y’avait pas plus de 30 secondes a une minutes, ils étaient tellement pressés !
Ils me demandent de les suivre.

Un d’eux, me tiens par le coude, je lui demande de me laisser, je n’allais pas m’enfuir ! Il éclate en rires ! Je n’allais pas m’enfuir est drôle apparemment !

Ils m’installent dans une R19, 2 à l’avant, un a l’arrière, le pilote conduit vite, ils me demandent ou j’habite, je cherche le piège, la police nationale sait tout de tout normalement, je donne mon adresse avec prudence, ils me demandent ou je travaille ! Je réponds aussi ! Ils reportent ces informations au talkie et se dirigent vers le Lac. (j'habites a l'Aouina, je travaille au Lac)

L’un d’eux commence à me parler, avec un ton agressif et supérieur, « mela t7eb ta3mel mouthahra si yassine, hak 9thit 3la rou7ek ».
J’évite le débat avec lui, comme je l’éviterais avec tout autre policier d’ailleurs, même si je suis le plus doué des pédagogues et j’arrive à le convaincre, il ne décide de rien lui, peut être que ma position est plus confortable avec la sienne, donc je ne vais pas me casser les pieds à essayer de lui expliquer.

Je sorts une cigarette, j’ouvre la vitre, et je fume. on me laisse faire.
Je n’avais pas peur, j’étais sous le choc.

Ils arrivent a deux pas du poste du lac, ils s’arrêtent, un d’eux descend, reviens 5 minutes après, et ils rebroussent chemin.
Ils m’emmènent au centre ville, prêt de Champion.
Juste avant qu’on arrive, ils me demandent ou j’allais avant qu’ils m’interpellent.
Je réponds que j’allais voir des amis. Ils demandent pourquoi faire. Je réponds que pour faire des activités légales, des activités que la loi nous autorise a faire
Le ton monte, j’ai remarqué que le mot légal est source d’ennuis. Je me tais. On arrive. On me fait descendre.

C’était un moment crucial pour moi. Je savais que si on allait me torturer, ca sera au début, pour me cuisiner, et comme ca, l’interrogatoire se passera bien ! Mes premiers pas direction du poste étaient lourds, hésitants.

J’entre et je ferme les yeux, je m’attendais au premier coup sur ma nuque, j’ai déjà eu des coups gratuits de représentants de l’ordre pour beaucoup moins que ca. pour rien en fait!

Rien ne se passe, on me pousse parce que je me suis momifié a 2cm de l’entrée.

Il n’y avait que des policiers en civil dans le poste, aucun citoyen, aucun uniforme.
On me laisse attendre, j’en profite pour fumer.

Deux policiers viennent me parler, sans poser de questions, juste en me disant, que c’est moi qui allait avoir ce nhar 3la 3ammar, que je ne sais pas dans quel pétrin je me suis mis.

On m’appelle de l’intérieur, on me fait entrer au bureau du chef de poste de police.

Je me trouve face a un homme, la quarantaine,mieux habillé que les autres, plutôt baraqués, mais surtout très énervé.
On me met une chaise en métal a l’intérieur de la salle, on ferme la porte, y’avait que lui et moi, face a face.
Il était énervé
Il était tres énervé.
J’étais calme.
Le premier mot qu’il m’a dit, raisonne toujours dans ma tête, je ne vais pas le traduire, je vais l’écrire en « tunisien » comme je l’ai entendu : « E dawla mte3ek fe9det thi9a fik lel abad »
Si juste il savait que c’est tout à fait le contraire, et que je n’ai jamais cru que la police kidnapperait un jour un citoyen dans la rue.
Il a parlé pendant 5 minutes, non il a crié pendant 5 minutes, mais je n’entendais rien, mon esprit était ailleurs, j’étais rassuré : on ne va pas me torturer, du moins si on va le faire, ca ne sera pas maintenant, ils n’ont pas encore reçu l’ordre, donc quel stratégie allais-je adopter ?
J’ai choisi de dire la vérité, rien que la vérité, de répondre « 3le 7ad sou2al » pas un mot de plus, d’éviter les débats, et de paraitre calme et solide.
L’interrogateur, avait remarqué que je le suivais pas, il crie encore plus fort, et me rappelle que ca ne tient qu’a lui, pour que mon cul, oui mon cul, ne se balance entre deux chaises.

L’image me réveille.

Il me dit qu’il va me détruire, que j’aurais faim. Il me demande si je suis marié, je réponds oui, il me dit qu’il va envoyer un beau mec bien musclé blond aux yeux verts pour draguer ma femme, et qu’il mettra ses photos nue sur Facebook !ca ne me fait pas réagir, après tout si ma femme aime les blonds aux yeux verts, pourquoi m’épouser moi ! Il me dit que toute ma famille sera dans les oubliettes, que famille proche ou lointaine seront réduits a neant ! J’avais l’impression de parler à Chuck Nurris en personne.

Je ne l’ai pas trop pris au sérieux, je savais que ce genre de choses ce n’est pas lui qui décide. Et qu’il attend les ordres, j’ai fait semblant d’être touché. Mais il est intelligent, il l’a vu, l’a compris.

Il m’a expliqué la gravité de ce que j’ai fait, que j’ai permis a des gens « sales, ennemies de la Tunisie » de profiter de moi, de m’utiliser pour salir le pays, il m’a accusé d’avoir donné les adresses de nos consulats a l’étranger (comme si c’était un secret d’état) , que le pays est en alerte suite a ma « bêtise », que je n’avais pas la moindre idée jusqu’a quel niveau « mon histoire » est montée, et entre filatures et autres j’ai couté un milliard de millimes a la Tunisie !

Il me demande ensuite de lui raconter toute l’histoire dés le début.
Je lui ai raconte, en bref, les épisodes de 2 a 7, il écrivait tout. Il ne m’a pas cru sur un point : qu’on allait annuler la manif tout seuls ! Mais n’a-t-il pas vu le groupe ? Ou a-t-il pensé que c’était une ruse ?

Il prend notes, et me demande pour le t-shirt, ou es mon t-shirt ? Il m’a clairement montré que le récupérer était une histoire de vie ou de mort. Cette histoire de t-shirt a pris 30 minutes ou peut être plus, la notion de temps est relative après tout.

Il me demande de sortir, je sors, deux agent m’accompagnent, je fume, une, deux, 3 cigarettes.

On me rappelle, dans un autre bureau, avec un pc cette fois, et le même monsieur.

Il me demande de raconter ma vie dés ma naissance jusqu'à aujourd’hui ! Mais c’est quoi ce bordel ? La police sait tout normalement ! mais apparament non, ou il y'aurait une très mauvais coordination!

Je le regarde perplexe, il me demande le numéro de téléphone de mon père et de ma mère. Je refuse, il me dit qu’il peut les avoir directement de l’operateur. Il marque un point, je dis que je ne les ai pas en mémoire, ils sont dans mon téléphone. Il me donne mon téléphone et m’averti de ne pas appeler ou d’envoyer de sms. Je lui donne les numéros.

2 minutes plus tard un policier entre et dis qu’on ne retrouve pas la trace de mon père, et il me demande s’il est toujours militaire actif ou retraité. Je réponds qu’il est actif, ce monsieur refait cela 3 fois.

Ils me demandent mon adresse, je la lui donne, il me dit que j’aurais du changer ma CIN, qu’ils ont cherché ou j’habite et ont eu beaucoup de mal par rapport a ca.

Je récite ma vie, il note, tout en me menaçant et en incitant sur la gravité des faits et que je suis foutu, et que ma seule chance de voir le soleil un jour et de coopérer.
Entre temps son téléphone sonne plusieurs fois, avant de répondre il prenait un air tres sérieux, il ne parle presque pas, juste il écoute, et finis toujours par « oui chef, 7ather chef ».

Ma vie résumée en quelques feuilles, il me demande toutes les informations que je connais sur Sofiene Chourabi et Wala Kasmi. J’étais sur le cul ! Sofiene n’a fait partie qu’au tout début, et Wala n’a rien à voir la dedans ! qu’a part qu’elle était a la même école que moi , je connaissais rien d’autre ! Je ne savais pas quoi répondre, il insiste, j’insiste, il a senti que j’étais sincère, que j’ai vraiment dis tout ce que je savais, il change de sujet.

Il prend 20 minutes de plus pour m’expliquer la merde dans laquelle je suis, et que si je ne suis pas en train de subir les pires tortures au monde, c’est parce que mon père est officier et c’est par respect a ses 35 ans de service dans l’armée. Je réponds que Slim donc est torturé ? Il ne répond pas, j’ai crains le pire, et j’ai hésité à le croire.

Il me demande d’écrire un texte pour dire que la manifestation est annulée. Je lui réponds que si juste ils nous auraient laissé le temps de le faire, il ne me croit toujours pas.
J’écris un texte et je le lui montre. Il appelle un numéro, relis mon texte, et me demande de faire des changements. Je lui dis de l’écrire lui-même dans ce cas. Il me dit qu’il va me dicter !

Et la, et a force de regarder des films hollywoodiens j’ai compris, ils veulent le texte par ma propre écriture pour le montrer a Slim, comme quoi, Yassine a craqué ! Mais ils n’ont rien compris ! On allait l’annuler la manifestation bordel.

Il me dicte, je m’exécute en souriant a l’intérieur de moi, je termine, et je lui dis qu’il est en train de commettre une énorme bêtise. Il me regarde d’un regard menaçant et un grand « N3AM ? ».
Je lui réponds que personne, absolument personne ne croira que je vais qualifier une manifestation de « li9a2 » que ca sera trop visible, que ce n’est pas mon style, et qu’on n’écrit pas comme ca sur un internet. Il téléphone encore une fois, et me dis que « el 9eyeda » préfère garder le texte.

Le ton baisse, et ce monsieur me dis que je dois m’estimer le plus chanceux au monde, que je suis ne « fi laylet el 9adr », plus de menaces, plus de grossièreté (et moi qui pensais être grossier), c’était a la limite cordial. Il me parle comme supposé parler un père a son fils dans les films egyptiens, on n’était plus seuls, et au courant de la discutions, il me demande combien je suis payé, je lui réponds, et je jure sur la tête de mon fils, que mon salaire et celui de ma femme je les ai entendu une 30 de fois, avec un « ezab » qui viens du fin fond du cœur (je me demande ce qui serait passé si je leur ai parlé du 13eme mois et la prime de rendement).
On ose même plaisanter, et je leurs dis que je n’ai plus de tabac donc je ne parle plus, ils m’apportent un café, de l’eau et un paquet de cristal, il était déjà presque 16 ou 17h.
Un policier me demande d’entrer au RCD, je lui regarde d’une manière, suite a laquelle il n’a pas osé me parler jusqu'à ce que je rentre chez moi. mais je lui en veux pas j'ai bien compris que pour lui, l’état, le RCD, la police, le pays, c’était la même chose.

Un autre me demande pourquoi j’ai fait ca, je réponds le plus naturellement au monde, qu’a entendre le président et les journaux, j’ai vraiment cru que la liberté d’expression existait en Tunisie et qu’on pouvait manifester. Personne ne réponds : Un lourd silence de 20 secondes.

Et la quelque chose arrive, un monsieur, un responsable, un haut responsable, avec un costume cravate, entre, demande aux autres de sortir, il ne reste que lui, moi et le monsieur de l’interrogatoire.

Il était clair que c’est un haut responsable vu la réaction des autres policiers.

Il était d’une bassesse, une vulgarité, même les pure pétasses de abdalah guech bourrées ne pouvaient égaler, d’ailleurs il commence par vouloir savoir si je baisais Slim ou si Slim me baisait. Je vous épargne des détails, des insultes, des menaces de torture, un langage même « sere7 » n’utilisera pas.

J’étais stable et solide, du moins je faisais semblant. je savais qu’ils n’avaient pas reçus l’ordre de me nuire physiquement, je ne suis pas intimidé, et je garde un sourire à peine visible.
Il demande qu’es ce que je fais ici, et pourquoi je ne suis pas au « plateau ».
Il fait entrer deux « fsayel » menottés, demande a un policier de les lâcher, et leur dit, en langage policier bien sûre, casser lui la gueule et après on vous arrêtera pour ca. En langage policier chaque phrase doit contenir un parent et un verbe relatif a la baise.

Il me dit qu’il sera mon fantôme, qu’il me suivra jusqu’au bout du monde, qu’il en fait une affaire personnelle.

Il me dit qu’il va monter de toute pièces, avec des évidences, une affaire judiciaire : que je suis terroriste et qu’on m’a trouvé sur des sites Djihadistes.

Il me pose la question : si on nous avait pas arrêté aujourd’hui, aurais-je été devant le ministère des technologies a manifester ? Je réponds que non, il me dit qu’il aurait envoyé une voiture et deux motards me prendre par force de chez moi, me ramener au lieu de la manifestation, et qu’il me fera subir les pires supplices devant tout le monde, puisque ca sera légal ! je lui demande pourquoi il le ferait, qu’es ce qu’il gagnerait dans ce cas ? il réponds par un rire sadique et diabolique de 10 secondes.

Il demande au monsieur de l’interrogatoire si on a apporté MBL, il lui répond que non, il s’exclame et dis que le monsieur de l’interrogatoire ne doit pas être au courant, mais qu’elle est probablement en cage (fi el 9fass a-t-il dit)

Il me dit que je suis perdu pour toujours, et je vais passer 3 ans en prison parce que j’ai invité à une manifestation avant de demander l’autorisation. Je lui parle de loi, de constitution, de droit, et putain comme j’avais raison dés le départ, ces mots la, provoquent une réaction en chaine, le transformant en Hulk, il est en rage, il me demande si je connais la loi, je dis oui, il dit qu’il a une maitrise en droit, et qu’il a le droit de tout me faire et commence a dire n’importe quoi, et il se contredit tout seul en parlant de loi, et la il approche de moi me tiens la veste et me dis que « dmedem mahdi dmedem bawalha 3le rouw7ha, mouch bech yji we7ed mi*** kifi ena bech ywarih el 9anoun » je lève les yeux vers lui avec mépris et dégout, il se calme, il me dis qu’il ne vas pas me frapper, je réponds que je sais, que c’est illégal, et qu’on lui a pas donné l’ordre de le faire.

Je n’aurais pas du ! Les insultes et les menaces passent a la vitesse maximale 10000 trabriba / tzabziba par seconde.

Il me demande de « fumer » comme je le faisais sur les vidéos, il me dit que lorsqu’il m’a vu sur ces vidéos, il a tout de suite su que j’étais super intelligent, et que cette intelligente, et cette volonté de suivre la loi, les procédures, de tout filmer, finira par me piéger.
« 5thitou 3le 9ad 3a9lou » et j’ai fumé une cigarette, comme dans les vidéos.
Il termine son numéro, il sort.

Je me tourne vers le monsieur de l’interrogatoire, je lui demande, mais c’est qui ce con et pourquoi il me parle comme ca ! Il essaye de me calmer en m’expliquant que si il fait ca, c’est parce qu’il est en colère, et il n’a pas voulu voir le fils d’un « zamil » dans une situation pareille.
Je lui explique que mon père n’est pas « zamil », il surveille la Tunisie du danger extérieur, il ne kidnappe pas les gens, ne les insulte pas. Je commençais à perdre mon calme.

J’ai pensé une fois dehors de porter plainte contre ce « haut responsable » juste pour le principe, je dirais pourquoi je ne l’ai pas fait.

Et la, j’ai comme une illumination, je lui demande si je suis arrêté ! Il me dit que non, je dis suis-je libre de partir immédiatement, il me dit que non ! Je lui ai dis je suis donc arrêté, et je veux savoir pour quel crime, et je veux appeler ma famille et appeler mon avocat, il me dit que je suis juste un « invité » « special Guest ».

Il était 20h ou 19h, ou plus, ou moins. Le monsieur de l’interrogatoire me demande de sortir. Il est au téléphone. 35 minutes après, il m’appelle, il me donne le PV à signer, je demande à le lire, il n’a pas aimé, mais me laisse lire, j’ai remarqué qu’il a insisté sur ma bonne foie, et que je regrette amèrement ce que j’ai fait ! Je signe.

Il me donne un autre document, un engagement de ne plus organiser une manifestation ! Mais manifester est un droit constitutionnel, ce document n’a aucune valeur ! Je le signe en me moquant au fond de moi.

Oufff. Il appelle et dis que j’ai signé.

L’atmosphère se détend d’un coup. On me rend ma CIN et mon téléphone(on me demande de le garder fermé). Le monsieur de l’interrogatoire donne des documents a un policier, et lui demande de les transporter a Bouchoucha en urgence.

On sort du poste et on me demande de faire une vidéo pour dire que la manifestation est annulée, on me demande d’être insolent, de me moquer de « 3ammar » et de la police. J’utilise mon téléphone, mais y’avait pas le câble avec !

On va dans un cyber, ils vident le Cyber et me demandent de publier le texte qu’ils ont choisi, je leurs rappelle que ca serait maladroit, ils insistent, je m’exécute, en étant sur que ca fera l’effet inverse.

On sort du cyber, on va dans un café, en route, le monsieur de l’interrogatoire me dis que je vais beaucoup le voir dans ma vie. Je réponds que ce n’a rien de personnel, mais que j’y tiens pas. Il me dit qu’à partir d’aujourd’hui chaque chose de « bizarre » que je sais, je dois le lui dire sur le champ. Je luis dis que je n’ai jamais été « sabbeb mte3 7akem», il me demande si je vois quelqu’un entrain de voler une maison, je ferais quoi ? Je réponds : j’appelle la police. Il me dit que c’est la même chose. Je réponds que si je vois quelqu’un voler une maison, je l’appellerais. Il essaye de me convaincre, je lui demande la permission de parler franchement, il me l’accorde, je lui dis : « manich ta7an mte3 7akem ». Il change de sujet.

On est dans un café, le monsieur de l’interrogatoire retourne au poste, je suis avec 3 policiers, ils m’en veulent parce qu’ a cause de moi, ils n’ont même pas mangé l’après midi. Ils reçoivent un appel, on revient au poste, le monsieur de l’interrogatoire, me ramène chez moi, et tout au long de la route il essaye de me convaincre, de ne pas dire que j’étais arrêté.

Il me demande de ne pas sortir de la maison demain jusqu'à ce que je reçois un appel de sa part, et prier pour que ca ne dégénère pas, car dans ce cas, slim et moi payeront pour tout.

Je suis devant chez moi.
Je suis libre

Enfin, presque…

mercredi 20 octobre 2010

Manif 22 mai, les dessous des cartes, ou ma vérité a moi. (Partie 7)

Avant-propos :

L’avant propos de la partie précédente s’applique également a cette partie ainsi qu’aux éventuelles parties suivantes.

Jeudi, le choix difficile !

C’est l’épisode 7, donc un épisode un peu spécial, oui, des années de conditionnement ont marché, et comme tout tunisien qui se respecte, je pense aussi que le chiffre 7 est magique.

Donc, dans cet épisode, je vais répondre a quelques questions, revenir sur des détails, des événements que j’ai oublié lors des 6 autres épisodes, certainement par négligence et maladresse.

Le premier point dont je veux parler, est l’orthographe, la langue. Je m’excuse pour tout ceux qui se donnent la peine de me lire, pour mon médiocre niveau, oui je suis dyslexique, oui je ne suis pas doué pour l’écriture (sauf documents techniques et plans de test) , oui je ne relis jamais les textes avant de les publier, pas par manque de respect a tout éventuel lecteur, mais pour garder la spontanéité du texte, si je relis, peut être je vais modifier ceci, ou cela, embellir cette phrase ou changer cette expression, et ca ne sera plus aussi spontané que je le voulais.

J’ai eu plusieurs propositions pour corriger mes textes avant de les publier, mais je n’ai pas pu ! Dés que je termine un texte, j’ai tellement hâte de le publier, que vraiment j’y arrive pas.

Ceci est dit, je promets de faire des efforts sur ce point (je vais en parler a Word aussi, c’est lui qui corrige mes bêtises, je lui demanderais de faire plus attention).

Un autre point que j’aimerais évoquer, je n’ai pas écrit ce récit en recherche de reconnaissance, pas pour qu’on me dise « sa77it ye batal », pas du tout, et si j’ai trop parlé de ma peur, de ma confusion, c’était simplement parce que ces sentiments étaient réels, pas pour qu’on me dise quoi que ce soit, d’ailleurs je vais y revenir cette histoire de « batal »

Si j’ai parle de peur, c’est parce que c’était vrai, mais dans la foulé, j’ai oublié de dire que c’est une peur délicieuse, qui pousse vers l’avant, qui donne confiance, ce n’était –sauf très rarement- une peur handicapante, et a un certain moment, on aime cette peur, elle nous manque, je pense que grâce a cette expérience, j’ai casse mon propre cercle, mon cercle de la peur, grace a cette peur émancipatrice, je l’ai dit dans je ne sais plus quel épisode, on devrait vendre la peur en canettes !

Si j’ai donné l’image que j’ai été manipulé, que je me suis embarqué dans un « truc » dont je ne connaissais pas les limites, que j’étais trop naïf, c’est certainement que je me suis mal exprimé, ce n’était pas le cas, je savais ce que je faisais ainsi que les conséquences possibles.

je n’ai jamais prévu combien je vais écrire, quand j’ouvre Word, juste j’écris, ce ne sont pas des textes qui sont écrits pour plaire, ce sont des textes écrits avec beaucoup de sentiments, donc ce sont ces sentiments qui me guident, qui écrivent pour moi, moi je ne fais que taper, et taper mal en plus ! Donc non, je ne vais pas essayer de raccourcir mes textes, il y’aura certainement des beaucoup plus courts, et des beaucoup plus longs.

Si j’ai parlé des journées presque vides, ou il n’y a pas presque d’action, ce n’était pas innocent, en fait il y’a deux raisons pour ca, la première est que je veux respecter un ordre chronologique, pour ne pas se perdre dans l’enchainement, et pouvoir donner une version la plus proche possible de la vérité, la seconde est que je voulais insister sur le vide que vit la personne contre l’effervescence que vit le personnage, que si sur internet c’était chargé a bloc, dans la vrai vie, ce ne l’étais pas.

En parlant de l’effervescence sur internet, je ne pourrais que saluer le travail fait par les membres du groupe, et par de parfaits inconnus, les vidéos, les affiches, les caricatures, les postes, les commentaires, y’en avait de toutes les couleurs, il y’avait de la passion et de la conviction dans les videos partagés, et l’incident de « ka3bet el birra » de Slim mis a part, tout le monde regardait dans la même direction, j’ai vu des gens que je connais personnellement, qui n’ont jamais parlé que de foot, de minettes ou de bahja, partager , parler, s’exprimer, Nabil farhat et le temps qu’il a donné pour gérer une page facebook avec plus de 22.000 membres, Tarek kahlewi et ses articles, malek404 et ses vidéos superbes, -Z- et ses caricatures, Mounir troudi et sa chanson, ENORMES ! Et si j’ai oublié des gens qui ont contribué a faire – a mon gout, et le plus objectivement possible- , la cyber action tunisienne la plus réussie et celle qui a rassemblé le plus de gens tout background et idiologie confondus , j’espère qu’ils me le pardonnerait !

dans cette effervescence, j’étais face a un dilemme, es ce que vous savez répondre vous aux dizaines de « bravo » « merci » « vous êtes le héro » « vous êtes l’exemple » etc. ?

Ben pas moi ! d’abord je ne suis pas gentil de nature, de deux, je n’ai pas l’habitude de ce genre de compliments, j’ai passé ma vie jusque la a défendre mon droit d’être marginal, de 3, il y’avait deux manières de prendre les choses, et aucune ne me convenait vraiment.

La première est de dire que oui, je suis le héro, le champion du monde toute catégories confondues, feress Baghdâd.

De un ce n’étais pas vrai, car concrètement qu’avais-je fait ? J’ai juste envoyé une lettre au ministre par courrier, et c’est tout ! C’était ca sur le plan réel, une lettre à la poste ! Es ce qu’on devient héro pour ca ? Plus de 50 ans après l’indépendance, envoyer une lettre correcte et polie à un ministre est un acte d’extrême bravoure ? Pour moi ce ne l’était pas !

De deux je ne voulais pas a tout prix que ca me monte a la tête, et que je crois vraiment ce qu’on me disait, a fin d’éviter toute bêtise et garder mon calme.

La deuxième est de dire que non, ce n’était rien, et c’est mon devoir, et ce n’est pas si important que ca ! Mais cet air de fausse modestie, était faux, et non ce n’est pas aussi simple ! On n’était pas 120 milles à signer, on était 2 ! On n’était pas 500 milles à prendre des risques énormes, on était 2 ! On n’était pas 3000 milles qui avaient tout a perdre, et qui se sont avancés visage nu vers le ministère de l’intérieur, donc dire que c’est rien, « 7keya fergha », ca sera mentir, et je ne voulais pas mentir.

Donc cette situation, ce dilemme, était très très dur a gérer, je ne sais pas comment a fait slim, mais pour moi c’était l’enfer, et finalement ce combat pour la liberté d’expression, m’a enlevé ma liberté d’expression a moi, je me sentais la tête d’affiche, donc tout ce que je dirais engagera le mouvement, je pouvais plus dire autant de bêtises sur mon statu facebook, partager des chansons comme avant ! non, tout ce que je dirais serait retenu contre moi ! D’ailleurs c’est une des raisons pour lesquelles j’ai fini par quitter facebook.

Donc pour revenir a ce dernier jour de calme, je pense qu’il y’a 3 faits notables à souligner.

La première est une déception, partagée je pense, mais à peine avouée : la police s’en fout de nous ou presque, donc nous ne sommes pas aussi importants que ca, ce qu’on essaye de faire est insignifiant donc ! Je sais qu’on a été suivi, que nos téléphones étaient sous écoute, mais poussés par la paranoïa, et par l’ego, on voyait le flic en civil partout, dans le café, dans le métro, dans le chauffeur de taxi, dans tout, tout était flic, peut être que c’était le cas, mais peut être pas aussi.

La deuxième, est que j’ai reçu deux coups de fils ce jour la, avec un laps de temps de 5 minutes, le premier pour me dire que MBL était un indic, le deuxième pour me dire que MBL était POCT et que ca va nuire a l’action. J’ai accueilli ces deux coups de fil avec un grand sourire, je les trouvais ridicules, je l’ai même pas gardé pour moi, je l’ai annoncé a MBL, en présence de Hana, Soudeni, et Slim (ou azyz je ne suis pas sur). Je l’ai annoncé, avec un énorme sourire moqueur, tout le monde l’a pris pour un « big joke » pourri, tout le monde, ou presque...

La troisième, est qu’il fallait décider, es ce qu’on fait la manifestation si le ministère continue à nous ignorer, si on n’a toujours pas d’accuses de réception de la poste ?

On n’était pas d’accords, Slim et MBL étaient pour la faire coute que coute, j’étais pour le NON ! On ne se mettra pas hors la loi, on ne se rabaissera pas au niveau du censeur, lui il est hors la loi, pas nous.

Ma théorie du « épilé à quartes pattes » n’a pas convaincu cette fois.

On y arrive a : « OK, le 22 toi, tu reste chez toi, moi et MBL on va y aller et la faire cette manif a tout les coups »

La sagesse et la diplomatie, que ce soit sur la forme que sur le contenu de Tarek et Nabil ont fini par nous mettre d’accord (je suis toujours persuadé que ma théorie de « épilé a quartes pattes » était suffisante mais bon).

La décision était que NON ! Si on n’a aucune preuve matérielle tangible que les gens concernés ont reçus nos demande, on ne fera pas la manifestation, et on s’est mis d’accord de se voir vendredi, moi, Slim et MBL pour faire une vidéo expliquant tout cela.

Des idées d’un plan B, pour ne pas perdre toute cette charge émotionnelle que l’opération nhar 3la 3ammar a suscité ont vu le jour, pas facilement, entre les d’accords, les pas d’accords, les trop tôt, je pense que celle des T-shirts blanc était la meilleur, je ne me rappelle pas c’était l’idée de qui, je l’ai juste partagé quand elle était sous mes yeux.

D’autres détails qui me reviennent, ce sont des événements importants certes, mais pour moi a ce moment la, ce n’étaient que des détails : apparemment la récupération était en marche, il va y a voir une autre manif a paris, ca se complique, d’ailleurs jusqu'à aujourd’hui je ne sais pas comment ca a été résolu, je pense que QAzyz et Amira se sont chargés de résoudre ca.

Amira et Malek kharaoui ont fait une video ce jour la aussi, c’était la première fois que je vois a quoi ressemblent ces deux la, ils avaient l’air en forme et avaient le moral, et ceci était d’une grande aide pour moi.

Voila, demain c’est vendredi, demain on va être arrêtés, demain je décrirais avec le maximum de détails, comment la police mène ses interrogatoires.

mardi 19 octobre 2010

Manif 22 mai, les dessous des cartes, ou ma vérité a moi. (Partie 6)

Avant-propos :

L’avant propos de la partie précédente s’applique également a cette partie ainsi qu’aux éventuelles parties suivantes.

Mardi soir, le changement de tactique !

Contrairement aux trois premières épisodes, je n’ai pas eu beaucoup de commentaires sur les 2 derniers, et je commence à me poser des questions, es ce que ce que j’écris est si médiocre que ca ? Es ce que ca n’intéresse personne ? Dois-je arrêter ?

Il est vrai que quelques parts, si j’ai décidé d’écrire cette histoire, c’est pour vider un sac, pour faire un témoignage, pour garder une trace de ce qui s’est passé, car même si aujourd’hui c’est presque fini, que ca n’a pas donné de résultats tangibles et réels sur le court et moyen terme, je pense - et ca m’aide de le penser - que cette histoire a changé quelque chose, a fait avancer les choses, même d’un tout petit millimètre, et que ne pas attendre 30 ans comme le font les ex flics, ministres et responsables pour donner leurs version des choses, pourrait peut être aider, notre groupe, ou un autre groupe pour entreprendre d’autres actions.

Dans les rares commentaires que j’ai reçu, on me dit qu’on a marre de ce qui est subjectif, et on veut de l’insolite, du croustillant. Je ne vais pas changer l’approche, j’ai pas regardé ce que je raconte dans un film, je l’ai vécu, je l’ai senti, la peur dont je parle n’est pas exprimée par une musique et une expression de visage, mais c’était une peur bleu, froide que j’ai vraiment senti, donc non, je vais continuer à écrire subjectivement. Pour les insolites, il y’en aura, et je risque de m’attirer d’énormes foudres, mais jusqu’au 22, il y’avait beaucoup d’action, il y’avait les vidéos, donc y’a pas trop d’insolites, tout est presque connu, les vrais clash, les vrais malentendus, les vrais tournants, commencent le dimanche 23 mai, et a partir de cette date jusqu’au 12/10, la date que j’ai commencé a écrire, le public (400 lecteurs réguliers) trouveront les vrais « dessous ».

Une dernière remarque, on m’a dit aussi que je dégage une image négative de moi-même en racontant de la sorte, je tiens à rappeler que je n’ai participé a nhar 3la 3ammar, ni que j’ai écrit ce témoignage pour plaire ou construire une image, et qu’a la limite je m’en fou !

Donc, on était mardi soir, et j’étais dans le brouillard de la « guerre », sur internet, l’action commence à prendre énormément d’ampleur, mais ce n’était pas suffisant pour moi, moi qui ne croit que dans le réel.

Dans ma pensée profonde, je croyais en « l’information », les medias, que ce sont les seuls capables de faire bouger les choses, aucune manifestation ne fera autant d’effet que si le même jour on parle de nous au CNN, Al Jazeera, et BBC. Mais on a décidé, et j’étais partisan, farouche défenseur de cette idée : non, on s’orientera pas vers les medias étrangers.

La raison était simple, on ne cherchait pas, et on ne pouvait pas faire une confrontation frontale avec le système, on n’a pas les moyens, et on a trop à perdre, d’ailleurs j’ouvre ici une parenthèse, qui vu les circonstances actuelles pourrait m’attirer des foudres.

Je me rappelle d’une discutions avec Mohamed Soudeni (qui ne faisait pas partie du groupe, mais qui était sympathisant de la cause), sur ce point, son avis était de pousser vers la confrontation directe et frontale, ne pas fuir les medias, au contraire, les chercher par tout les moyens.

Je lui ai dis, que je ne veux pas être Fahem Bou Kadous II, que je n’ai pas suffisamment de couilles pour ca, et ce ne sont pas les statu Facebook de soutien qui amèneraient le lait et les couches pour mon fils, je prends des risques certes, mais ce genre de risques, non, pas pour moi.

Il était dans un état de fureur pas possible, comme si j’ai insulté el Fehem !

Bref, donc dans cette vision, j’étais contre un contact direct avec les medias étrangers, même si, et a travers des gens, des chaines de télé et des journaux, ont exprimé explicitement leur volonté de nous interviewer et que notre refus pourrait être pris pour du « snobisme » et qu’ils risqueraient de nous lâcher si ca tourne mal.

Mais mardi soir, je commencé à voir les choses autrement, si aucun media ne parle de nous, (les medias nationaux ont montre leur vif intérêt pour le sujet, et a part el Mawkef et Tariq el jadid , tout allait bien dans le meilleur des mondes, et bientôt les anges feront de la migration clandestine du paradis pour vivre en Tunisie) et vu qu’on n’appartient a aucun parti, aucune organisation, le système pourra nous broyer, et on n’aura qu’au maximum une semaine de soutien sur facebook, après tout le monde retournera a partager des clips et parler du foot.

Je contacte Hana Trabelsi par mail, elle est connectée, on parle, on discute, et je lui propose de faire l’attaché de presse : officiellement c’est notre problèmes comme tunisiens, c’est a nous tunisiens de le résoudre, donc on ne donne pas d’interview, ca ne regarde que nous, mais si un journaliste veux faire son travail et couvrir l’action, on ne pourrait pas lui en empêcher ;) , il trouvera toutes les informations chez Hana même indirectement ;) .

Hana accepte, et dis qu’elle va travailler avec MBL, qui est bien introduit et connait tout le monde, et qu’elle va commence à écrire les communiqués.

Sur le groupe, Azyz commence a reparler des récupérations politiques et qu’on va être baises si ca continue de la sorte, et qu’il faut agir, je lui fait confiance, je sais qu’il va agir, puisqu’il l’a déjà dis.

La vidéo d’un responsable au PDP avec costume cravate qui circule sur le net, en s’appropriant presque l’action , m’a fait rire. Pas a Azyz !

J’arrive à dormir.

Mercredi, premiers signes de la police!

Je n’ai pas beaucoup de souvenirs sur ce qui s’est passé le mercredi, probablement on s’est vu, probablement la scène avec Soudani s’est passé ce jour la, mais dans ma mémoire, du samedi de dépôt, jusqu’au vendredi de l’arrestation tout n’était qu’une seule et longue très très longue journée.

J’ai reparlé avec Hana concernant ce qu’on a dis hier soir, elle m’a confirmé que MBL était d’accord, il fera la traduction du texte en anglais, il contactera tout le monde, et si il n’a pas internet chez lui pour n’importe quel raison, il viendra passer la nuit chez Hana, pour y travailler.

J’étais soulagé.

Vers 20h ce soir la, slim poste dans le groupe que la police est venue le chercher a son adresse de CIN, chez son père, et que son père l’a appelé et veux le voir.

Je relaye le message sur facebook

Et je prépare un petit sac, oui j’ai préparé un sac, avec 2 slips, 2 paires de chaussettes, 2 tricots de peau, non pas de brosse a dent, ca m’étonnerais que j’en aurais besoin.

J’ai préparé mon sac le plus discrètement possible, et je suis retourné sur Facebook.

A ma grande surprise, les messages que j’ai reçu, était certes de soutien, de conseil, mais ce n’était pas très difficile, de lire entre les lignes, sur les lignes même des fois, que y’avait certaine « chmetta ».

Des messages du genre : « comme tu le savais pas ! » « C’est le moment de payer » « tu l’as bien cherché, ech lazek » plein de « loooool » comme si c’était drôle !

Naif que j’étais, et jusqu'à ce soir, je n’ai jamais pensé qu’on allait m’arrêter, après tout je n’ai rien fait d’illégal ! je lisais ce que disaient les opposants sur Facebook, ce que dis le gouvernement, et je pensais que la vérité est quelque part au milieu, que si les deux exagèrent, l’équilibre entre les versions, me dira que je n’ai rien a craindre, apparemment j’étais le seul a penser ainsi, et la confiance que j’avais vers « l’état » va s’avérer une énorme naïveté.

Il faut dire que je n’étais pas déçu, dans ma tête, nous (Slim et moi) sommes seuls si ca merde, on devrait faire face seuls, je n’attends rien de personne, comme ca, je ne serais jamais déçu.

Je savais que si ca marche, ca sera grâce aux 100000000 pseudos, si ca merde, ca sera de ma faute, et comme ont dis nos ancêtres : la victoire a mille pères, la défaite est orpheline.

Donc, mon sac est prêt, je garde le moral, et je m’en dors avec mon pantalon, chaussettes, histoire si ils viennent me chercher, ca se fera dans le calme, et avec le moins de traumatisme possible pour ma famille, qui apparemment n’en savais rien (sauf mon frère qui était sur Facebook).

La nuit sera longue, je n’arrive pas a dormir, je retourne sur Facebook, et je vois qu’on commence a parler de nous, sur des journaux en ligne, que la communication commence a se faire, grâce notamment a Sofiene Chourabi.

Il est vrai que les articles parlent de nous, de notre action, mais il y’avait toujours un focus sur sa personne ou sur MBL. Ce n’était pas désagréable, je m’en foutais, du moment qu’on nous couvre (au sens propre et journalistique).

Il était 22h ou 23h Ma communication avec hana par mail reprend, elle m’informe que le plan d’hier ne sera pas possible vu que la police a coupé internet chez MBL (ca m’a paru trop bizarre sur le coup, ma connexion, celle de slim, de hana n’ont pas été coupés, mais qui peut expliquer comment pense la police, de toute façon MBL était sur que c’était la police) et qu’il n’est pas possible pour lui de venir chez Hana !

Merde alors ! Grosse et énorme merde bien puante !

Je m’endors, jeudi sera le jour des grandes décisions.


lundi 18 octobre 2010

Manif 22 mai, les dessous des cartes, ou ma vérité a moi. (Partie 5)

Avant-propos :

L’avant propos de la partie précédente s’applique également a cette partie ainsi qu’aux éventuelles parties suivantes.

Mardi, Sayeb sala7 !

On est Mardi matin, je me réveille pour aller travailler, je cherche mon t-shirt « sayeb sala7 » pour le porter, il est nulle part, il a disparu.

Y’avait que moi et ma mère a la maison, je lui demande ou est mon t-shirt, elle dit quel t-shirt, je me retiens et je lui explique que je parle du t-shirt « sayeb sala7 » que j’ai amené la veille, elle répond qu’elle ne me le donnera pas !

Et la, tout me monte a la tête, j’étais comme un drogué qu’on lui a pris sa came, hystérique, violent, je ne me contrôlais plus, je ne me suis pas rendu compte que cette histoire de « sayeb sala7 » me tenait trop a cœur, je me suis transformé en ado sous la pulsation incontrôlable d’hormones, j’ai cherché le t-shirt partout, et quand j’ai senti que je ne le trouverais pas, j’ai bouleversé la maison, au sens propre, je me vengeais, je cherchais dans les coins les plus improbables en faisant exprès de laisser le plus grand bordel derrière moi, en criant que je suis pas un gosse de 14 ans pourqu’on me dise ce que je dois ou je dois pas faire, mais mon comportement disait que j’étais pire qu’un gosse de 14 ans.

Dans la chambre de mes parents, sous le lit, je l’ai trouvé, je l’ai mis, je suis sorti de chez moi, un regard a l’arrière, avant que je claque la porte plein de rage et de testostérone, mon regard croise celui de ma mère, elle était en larmes, et dans son regard je voyais une amertume, une déception, une douleur, que je suis pas prêt a oublier, je pense que ce regard me suivra pour le restant de mes jours.

Je sais qu’elle m’a pardonné, même si je n’ai jamais osé demander pardon, mais ce que j’ai fait, et surtout ce regard, me torturent, plus que je n’ose avouer.

Je sors de chez moi, avec le maudit t-shirt, 5 minutes après, mon téléphone sonne, c’est mon père, il me fait une énorme scène, me traite de tout les noms, a cause de ce que j’ai fait a ma mère, mais j’avais pas suffisamment de couilles pour affronter, faire face a ce que j’ai fait, j’ai juste raccroché, il n’a pas rappelé.

Le premier à remarquer le t-shirt, était l’épicier, a l’achat de mes deux paquets de cristal habituels. Quelque chose dans son regard, m’a fait comprendre que je risque d’avoir de grosses merdes a cause de ce qui est écrit, et que ca risque d’être compris de 10000 manières, dont 9999 me fouteraient dans la merde.

Une fois sur mon lieu de travail, j’arrive, j’entre, 30 secondes, mon téléphone sonne, c’est le chef de mon chef, il veut me voir TOUT DE SUITE.

Je monte, il me reçoit, il n’est pas souriant, pas du tout, il me pose des questions du style : « es ce que je t’ai jamais fait quelque chose de mal », je réponds que non, il m’explique qu’avec ce t-shirt sur le lieu de travail, il est dans la merde, et que ca ne se fait pas du tout, et que dans la rue, il se joindra au mouvement si il en a envie, mais que ce n’est pas du tout tolérable au sein de l’entreprise.

Il était calme, ferme et a la limite désolé.

Je comprends son point de vue, j’avais une veste, je lui ai dis que je vais la fermer et que le t-shirt ne sera plus visible, il me répond si ca me dirait de prendre 3 jours de congés pour me reposer ! Et j’ai bien compris que ce n’étais pas une proposition, il me dit de partir tout de suite si je veux, et qu’il se chargera de la procédure administrative avec le RH.

En temps normal, je n’aurais pas accepté, et j’aurais crié au scandale, et exigé une demande écrite de sa part, pas juste un mot en privé sans témoins, mais la, il faut dire que ca m’arrangeait, je pourrais me libérer jusqu'à samedi, le 22 mai.

Je sors, je vais dans un petit café au lac, a deux pas de ce qui sera bientôt mon ex lieu de travail, je prends un café, mon t-shirt bien visible.

Le regard des gens dans la rue m’a vraiment fait peur, je me sentais en danger, apparemment ils ont interprété ce qui est écrit sur le t-shirt d’une des 9999 façons qu’il ne fallait pas.

Je ferme ma veste, et j’appelle slim, je n’avais pas de « wejh » pour retourner chez moi me changer, après le bordel matinal, ce n’était plus possible, j’étais trop coupable trop minable.

Je saute dans un taxi, je descends a Nasr, je m’installe dans le café populaire ou on a signé les documents samedi, 30 ou 45 minutes plus tard Slim me rejoint.

Il me dit que « el mawkef »a peut être publié le texte qu’on a envoyé, on fait le tour du quartier, on n’a pas trouve le journal.

Passant dans la rue, un jeune homme nous interpelle, il nous a reconnu, et nous a souhaité bon courage. Putain qu’es ce que ca fait du bien !

On arrive chez slim, je me change, il me donne ce que j’avais le plus besoin : un pc connecté et un cendrier ! je fais par la même connaissance de Kais, Slim Junior, adorable petit garçon, et trop intelligent, oui oui trop, faut surtout pas glisser dans un débat avec lui, il trouvera toujours le mot ou l’expression qui te fera sentir que t’es con.

Bref, je me rappelle pas si on est sorti l’aprèm ou pas, probablement oui, le soir, une excellente bouteille, on a bu, on a parlé, on a regardé un excellent film, et on a fait la vidéo avec le t-shirt.

Le matin, on est parti de bonne heure, pour rencontrer azyz, on s’est vu a centre Emir, y’avait un spectacle, un jeune homme fait un concours de klem zeyed avec le serveur du mois, je pense que le serveur a gagné a « omek » prêt !

Et la azyz commence à nous parler de récupération de bruits de couloirs de je ne sais pas quoi, putain il est fou le nombre de gens qu’il connait, je ne connaissais pas 1/100 des gens dont il cite le nom, le parcours et les antécédents ! Slim s’en foutait, moi, malgré que je n’ai pas compris qui fait quoi, je n’ai pas aimé du tout, azyz a dis qu’il s’en chargera, c’était parfait !

On revient chez slim, et la pour parler de la suite, je vais ouvrir une parenthèse.

J’avais un ami, Zied, on était à la prépa ensemble, et on a fait énormément de bêtises ensembles, on était assez proches, on est allé en Allemagne et a Paris ensemble, puis on s’est perdu de vue.

5 ou 6 ans après, je retrouve sa trace, grâce à Facebook, on se remet en contact, et on se promet bahja comme au bon vieux temps, c’était juste avant la semaine de sayeb sala7.

Ce mardi la, je le trouve connecté, et je lui demandé ou sommes nous pour el bahja, il me dis clairement qu’il ne veux pas me voir, que je suis dans la merde et un con, que j’ai gâché ma vie, et qu’il a trop peur de s’afficher avec moi ! Tan pis ! Il rétorque qu’il y’a quelqu’un, un ami de lui du RCD qui veux mon numéro, es ce qu’il peut le lui donner ! Je réponds que oui ! Il me dit qu’il voudra me voir ! Je lui réponds, j’ai une heure libre, la tout de suite, mais il doit venir a Nasr, sinon ca sera une autre fois, 10 secondes plus tard je reçois un sms : ok pour Nasr dans 10 minutes, devant la mosquée / fusée.

N’ayant rien de prévu, j’y vais. Une Opel Astra grise matricule 129 m’y attend, et dans l’Astra y’avait un couple, on me sourit, on m’invite à monter, je monte, et on va boire un café, que j’insiste que ca soit « bel we9fa » et dans un café pas trop cher, et on reste visibles (cote rue) et non a l’intérieur. Ca ne semble pas les gêner, on a nos cafés et une mascarade commence.

Il s’est avéré que le monsieur, n’est qu’un homme de main, qui est la juste pour protéger la fille, elle fait 1m60 à peine, grosse, 33kg de fond de teint, un décoté et une jupe, qui donnent presque l’envi de vomir.

La fille commence déjà par un discours bien rodé, et pour me mettre a l’aise, elle enchaine par des insultes pour les « trabelseya » et me parle d’ouvrir un orphelinat a Makther (sachant que je suis AYARI, elle essaye le régionalisme), elle a parlé sans que je dise quoi que ce soit, pendant 15 minutes, elle m’a parlé des « injazet » et qu’on peux changer de l’intérieur, et qu’elle est au RCD parce que c’est le seul parti qui lui permet d’avoir une chance que ses rêves d’aider la population pauvre se réalisent.

Putain, ils font du bon café à Nasr ! j’ai beaucoup aimé, et je me suis retourné vers cette demoiselle, et putain ce que je peux être méchant et vulgaire, et ce que je peux être blessant et humiliant, sans entrer dans les détails, je n’étais pas un tendre, et je luis ai transmis le fond de mes penses, de la manière la plus « toilettique » possible, je ne lui même pas laissé le temps de répondre, j’ai laissé un dinar sur la table pour mon express, et je suis parti a pieds.

Il faut dire que je n’avais nulle part ou aller, je peux plus retourner chez moi, pour des raisons que j’ai déjà mentionné, je pouvais pas aller chez slim, je voulais pas être lourd, même si il m’a très bien accueilli, Slim a lancé un message sur twitter je pense, et je me rappelle qu’une tunisienne en Allemagne, m’a contacte, pour me dire, que son oncle avait un petit studio meublé vide, ou je pourrais rester autant que je voulais, je préférais trouver un studio que je paye, j’ai acheté la presse pour les annonces, j’ai trouve el « mawkef » aussi, je l’ai pris et je marchais, sans savoir ou aller.

J’ai tellement marché, que je me trouve au 10 décembres. Je n’avais aucune idée de quoi faire, et je me suis senti si seul, vraiment tres tres tres seul, personne n’a appelé, personne n’a demandé de mes nouvelles, personne a aller voir, personne a appeler pour boire un café, et en ce quart d’heure, je me suis senti faible, vulnérable, triste et seul.

J’ai laissé ma boite FB pleine, mais ca c’est du virtuel, les messages sont pour le personnage, pas pour la personne.

Mon téléphone sonne, c’était mon père, il était calme, et me demande de rentrer a la maison familiale, et que personne ne me dérangera, me dira quoi que ce soit. C’était pas une demande, c’était un ordre, comme il a toujours su en donner, mais il y’avait aussi une tendresse peu habituelle, et que je ne méritais pas, vu ce que j’ai fait a ma mère la veille.

En général entre moi et mon père, même pour un truc banal, j’en fais des histoires, une argumentation, juste pour le faire chier, et qu’il essaye de supporter, mais cette fois, j’ai juste accepté.

L’article de « el mawkef » m’a fait peur, il était clair qu’il y avait une volonté de surenchère, la dernière ligne dis qu’on a informé le ministère, donc notre manifestation est légale, alors qu’il n’en ai rien ! on n’a pas reçu les accuses de réception de la poste, donc on n’a aucune preuve matérielle tangible que nos courriers sont arrives (ma déception en laposte, et en les institutions (el mou2assasset) est si profonde suite a ce détail des accusés de réception, j’y reviendrais normalement). J’ai commence a comprendre ce que azyz disait.

Pas de nouvelles de « tari9 el Jadid », j’ai pense que puisque Sofiene chourabi ne faisait plus partie de l’équipe, c’est lui qui a saboté la publication.

Je rentre chez moi, home sweet home, je mange, je me connecte, il était 15h ou 16h, je m’endors.

Je vais me réveiller tard ce soir, et depuis le lancement de « nhar 3la 3ammar », il y’aura deux discours, un officiel, pour le monde, pour la police qui suit les discussions du groupe, et un discours privé, underground, secret , ce soir un changement majeur aura lieu, et ca sera la dernière ligne droite…